Mercy-le-Haut 1914-1918

Mercy-le-Haut 1914-1918

Les combats d'Audun-le-Roman, Anderny, Malavillers: récits des combattants

Les combats d'Audun-le-Roman, Anderny, Malavillers, 22 août 1914 matin. Récits des combattants.

 

 

Le 22 août au matin, le 29ème bataillon de chasseurs à pied (29ème BCP) avait pour mission d’appuyer la 6ème division de cavalerie (6ème DC) qui se dirige vers Audun-le-Roman et le Luxembourg.

 

Vers 8h du matin, le 29ème BCP était en avant-garde et se trouvait à proximité d’Audun-le-Roman. Les 6 compagnies du 29ème BCP étaient réparties sur plusieurs positions : les 2ème et 6ème compagnies dans Audun, la 5ème compagnie dans le bois d’Audun, la 6ème compagnie à Anderny, et les 2 dernières compagnies (1 et 3) en deuxième échelon, prêtes à intervenir en cas de besoin.

 

Au même moment, le gros de la 6ème DC suivait à 3 ou 4 km en arrière. La division se trouvait à la hauteur du bois de Murville, lorsqu’elle fut la cible de tirs d’artillerie de batteries allemandes en position à l’est d’Audun. Conformément aux ordres reçus, le général commandant la 6ème DC décida alors de chercher un autre chemin vers le Luxembourg et fit demi-tour.

 

C’est à ce moment-là que le 29ème BCP eut à affronter plusieurs régiments allemands qui attaquèrent Audun et Anderny par l’est.

 

Il s’en suivit plusieurs combats séparés, où chaque compagnie du 29ème BCP eut à combattre un ennemi en très forte supériorité numérique et appuyé par un régiment d’artillerie de campagne.

 

Les principaux combats eurent lieu dans Audun-le-Roman, à la lisière du bois d’Audun, à Anderny, et, en fin de matinée, à Malavillers.

 

Un livre décrit de façon détaillée ces combats : ce livre est intitulé « Leur Sang et Leur Gloire, le 29ème BCP dans la Grande Guerre, tome 1 », Editions l’Apart, 2011. Ce livre a été écrit par le Colonel Jean-François Nicloux, dont le père a combattu pendant la guerre de 1914-1918 dans le 29ème BCP.

 

Pour ceux qui souhaitent des informations plus complètes sur les combats d’Audun, Anderny et Malavillers, nous conseillons vivement de se reporter à ce livre, pages 44 à 54.

 

La carte suivante est extraite de ce livre. Elle montre l’emplacement exact des différents combats du 29ème BCP.

 

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Source : « Leur Sang et Leur Gloire », colonel Jean-François Nicloux (Editions l’Apart), p 49.

 

Nous avons trouvé des témoignages de soldats français et allemands concernant deux des quatre combats du 29ème BCP :

 

1)    Le combat à la lisière du bois d’Audun-le-Roman

2)    Le combat d’Anderny.

 

Ces témoignages sont reproduits ci-après :

 

 

Le combat à la lisière du bois d'Audun-le-Roman

 

Témoignage du chasseur Jolibois, 5ème compagnie, 29ème BCP

 

 

Chasseurs à pied.jpg

Chasseurs à pied. Carte postale d'époque.

Source: site www.delcampe.net

 

Le chasseur Jolibois, 5ème compagnie, 29ème BCP, raconte dans son livre « Les chasseurs de Saint-Mihiel et la guerre dans la Meuse », 1928, le combat qui eut lieu à la lisière du bois d'Audun-le-Roman: les chasseurs de la 5ème compagnie étaient camouflés à la lisière du bois, et ont ouvert le feu sur le 1er bataillon du IR 30 qui avançait sur la route de Serrouville à Audun:

 

Début de citation

 Il est 6 heures du matin (le 22 août 1914), nous occupons le village de Malavillers où se trouvent également une compagnie de chasseurs cyclistes, des chasseurs à cheval et des cuirassiers (il s’agit de l’avant-garde de la 7ème division de cavalerie). L’ennemi est signalé au-delà du village voisin, Audun-le-Roman, situé à environ 4 kilomètres. Nous prenons position dans un verger, en tirailleurs derrière un petit mur de clôture. Nous attendons, pressentant que la journée sera rude. Craignant de n’avoir pas le temps plus tard, je mange avec mes voisins une boite de thon achetée à Pienne.

 

Brusquement… un coup de canon : l’obus vient éclater à 200 mètres au-dessus et légèrement en avant de nous ; deuxième… troisième obus ! L’ennemi nous salue ; cela fait un rude effet, je n’ose d’abord regarder, mais la curiosité l’emporte et j’aperçois le nuage d’éclatement des schrapnels. Un coup au départ, un sifflement, l’éclatement et le nuage floconneux qui se disperse lentement, voilà !

 

Les éclatements se rapprochent, on nous fait quitter notre emplacement pour aller de l’avant : « lignes d’escouades par deux ». C’est vraiment désagréable d’avancer à cet instant, les obus sifflent, passent au-dessus de nous et jettent leur mitraille. A chaque pas nous nous baissons, nous nous collons à terre pour éviter la rafale. En tête de la compagnie, le capitaine (Le capitaine Jaubert) reste seul debout : jumelles en main, il semble à la manœuvre. Nous arrivons à courte distance du village d’Audun-le-Roman.

 

A travers champs d’avoine, de blé ou de betteraves nous gagnons un bois (bois d’Audun-le-Roman) et allons prendre position à sa lisière nord. Chacune des compagnies (2ème, 5ème, 6ème) a son emplacement bien déterminé.

 

Nous sommes là en tirailleurs, invisibles derrières les arbres, brindilles et broussailles, lorsqu’en face de nous, au sommet de la crête, l’ennemi apparaît, s’avançant sans grande méfiance comme le prouve sa formation : une colonne par 4 commandée par un officier à cheval et précédé de trois rangs de tirailleurs. Jolie cible. (il s’agit du IR30).

 

Nous avions hâte de brûler ces cartouches que nous portions depuis vingt-trois jours, mais notre adjudant défend de tirer avant le commandement. Les Allemands avancent, ils sont à 400 mètres … hausse 400 … sur l’ennemi, feu à répétition … feu !.

 

Les balles pleuvent sur l’ennemi surpris, chacun de nous tire comme au stand ; l’officier est descendu (capitaine Clausnitzer), la colonne qui offre une cible incomparable subit de grosses pertes avant son déploiement. Sitôt celui-ci fait, les balles nous arrivent et la fête change d’aspect.

 

Désormais les balles sifflent et nous encadrent. Le cœur se serre atrocement, à ce miaulement. Leur tir est facile, ils nous savent en lisière, aussi les coups portent. Deux balles viennent se planter, l’une à trente centimètres devant moi, l’autre à ma droite. Mes voisins, le caporal Barbillon à ma gauche et Larcher à ma droite, tirent merveilleusement.

…………………………………………………….

Nous faisons tous trois un feu à répétition nourri sur ce buisson où des boches se sont dissimulés. Sur toute la ligne ils avancent lentement en rampant : on tire sur ceux qui se découvrent le plus.

 

Nous perdons du monde et maintenant l’ennemi avance par bonds très courts. Notre assurance diminue. Les plaintes des blessés, les râles des mourants à deux pas de nous, nous impressionnent ; cela est si nouveau et si terrible. Le caporal Dodo est tué d’une balle dans la tête, le caporal Malher blessé à la cuisse est tué peu après ; de même Boucher, Charoy qui a une balle au ventre et se sent mortellement atteint. Ceux-là sont nos voisins, sur toute la ligne il en est de même.

 

Une pièce de 77 s’installe à la crête et bombarde le bois. Eclats et branches s’abattent avec fracas, la situation devient intenable : par les buissons de droite l’ennemi a gagné le village et nous a à demi-tournés. Ordre est donné de nous replier, mouvement qui s’exécute sous la protection des 1ère et 3èmecompagnies engagées par ailleurs, la 4ème étant occupée à l’attaque d’Anderny.

…………………………..…

Le bataillon se reforme vers Malavillers.

Fin de citation

(Source: les chasseurs de Saint-Mihiel et la guerre dans la Meuse, 1928, P. Jolibois, imprimerie Comte Jacquet)

 

Au cours de la journée du 22 août 1914, le 29ème BCP compte 174 tués, blessés, et disparus, soit 11% de l’effectif.

 

L’historique du 30ème régiment d’infanterie allemand (IR 30)

 

L’historique du 30ème régiment d’infanterie allemand (IR 30) confirme ce combat, mais semble réduire l’importance des pertes. Il confirme l’identité de l’officier grièvement blessé à la tête de sa compagnie.

 

Citation

 

Vers 10h00 du matin (Note HL : 9h00 heure française), des chasseurs ennemis ouvrirent le feu à partir de la lisière Est d’Audun et de la lisière du bois. Le régiment reçut son baptême du feu de la première guerre mondiale ! Le soldat Brückmann, de la 1ère compagnie, fut le premier tué du régiment. Le capitaine Clausnitzer, en tête de sa 2ème compagnie, fut le premier officier grièvement blessé. Atteint au ventre et à la hanche, il dut être évacué du champ de bataille.

Fin de citation

Source: Die Geschichte des Infanterie-Regiments Graf Werder (4. Rhein.) Nr.30 im Weltkriege 1914-1918, Major a.D. Ernst Schmidt, Oldenburg i.D., Berlin 1922.

 

Le combat d’Anderny

  

A proximité d’Anderny, un combat opposa la 4ème compagnie du 29ème BCP à 2 escadrons du 12ème régiment de chasseurs à cheval allemand (Jäger zu Pferd Regiment Nr 12, ou JzP 12 en abrégé).

 

Ces 2 escadrons avaient reçu pour mission d’occuper les hauteurs à l’est d’Anderny, et de faire des patrouilles de reconnaissance vers Murville et Preutin.

 

Ils se heurtèrent à la 4ème compagnie du 29ème BCP, qui devait assurer la flanc-garde du bataillon sur la droite, en direction d’Anderny et Sancy.

 

Le colonel Nicloux décrit ainsi le combat d’Anderny :

 

Le 29ème BCP dans la Grande Guerre

 

Début de citation

 

Plus à l’est, la 4ème compagnie, qui est également en 1er échelon, doit assurer la flanc-garde du bataillon sur la droite de son dispositif. Elle gagne Anderny en passant par Bonvillers, puis cherche à prendre pied sur la crête au nord-est du village. Or, à la sortie du bourg, à moins de 200 mètres, elle est accueillie par une vive fusillade partant du cimetière. L’ennemi y est déjà installé mais elle s’en empare à 10 heures 15 par une attaque vigoureuse de trois sections et s’y installe défensivement. Malheureusement, l’arrivée de forces très supérieures en nombre, se dirigeant vers Malavillers (Note HL : le IR 144), l’oblige à abandonner la position, au grand désespoir de la population qui l’avait accueillie à bras ouverts.
 …………………………………
 En dépit des forces auxquelles elle doit faire face, la 4ème compagnie parvient à couvrir le repli des autres compagnies par l’est de Malavillers, car partout l’évolution de la situation interdit aux unités de rester sur place. Ayant finalement reçu son ordre de repli, son commandant, le capitaine Haca, décide de se replier par le bois communal (Note HL : petit bois à l’ouest d’Anderny, entre Anderny et Mont-Bonvillers). Le mouvement, bien qu’exécuté sous le feu de l’infanterie et des mitrailleuses, se déroule sans pertes, mais l’escouade qui assure l’arrière garde est l’objet d’une charge de trois escadrons allemands (Note HL : il s’agit du 12ème régiment de chasseurs à cheval allemand. Voir ci-après les témoignages de 2 chasseurs allemands). Sur les 17 gradés et chasseurs engagés, 13 restent sur le terrain, non sans avoir formé un carré et s’être défendus jusqu’au bout, contre des cavaliers qui les sabraient.

 Fin de citation

 

 

Du côté allemand, l’historique du 12ème régiment de chasseurs à cheval (JzP 12) donne le témoignage de deux cavaliers allemands qui participèrent à ce combat : le sous-lieutenant Monzischewitz, 3ème escadron, et le sous-officier Schulz, du 5ème escadron.

 

Nous reproduisons ici la traduction des carnets du sous-Lieutenant Monzischewitz et du sous-officier Schulz.

 

 

Le sous-lieutenant Monzischewitz, 12ème régiment de chasseurs à cheval (allemand)

Le récit commence le matin du 22 août vers 7h00.

 

Début de citation

 

Je fus envoyé avec 10 cavaliers sur la hauteur 355 qui se trouve au Sud-Est de Malavillers. (Note HL : cette hauteur se trouve entre Malavillers et Sancy, à 2 km de Malavillers). Ma mission était de surveiller vers le Nord. En fait, je pensais occuper un poste tranquille, où je pourrais flâner pendant les prochaines 6 à 8 heures. Je dissimulais les onze chevaux dans une haie et je m’installais avec mes hommes sur la hauteur dans un bosquet. Tranquillement, je sortis mon carnet de route, et je voulais commencer à écrire tout en prenant un petit déjeuner. C’est alors que survinrent les premiers signes d’un grand spectacle, qui allait maintenant se développer devant mes yeux. A mes pieds, à la lumière du soleil levant et dans une légère brume, se trouvait la vallée d’Audun-le-Roman, plus à gauche Malavillers, et au loin la grand route Murville/Mercy-le-Haut, face à moi la grande forêt de la Grande Rimont, partout  des champs de blé, ici ou là des vaches. J’étais dans le même état d’esprit qu’un jour de repos pendant des manœuvres.
 
Avec mes jumelles, je pus voir à la sortie Ouest de Malavillers deux cavaliers, uniformes sombres, sans lances, donc des Français. Ils s’approchèrent avec précaution du village, et patrouillèrent pendant ¼ heure dans les champs de blé autour du village. Bientôt arrivèrent 4 autres cavaliers, puis encore 10 autres, et finalement, tout un escadron, qui, sur un large front, en ordre dispersé, avança à droite et à gauche de la route en direction d’Audun-le-Roman (Note HL : avant-garde de la 7ème division de cavalerie française, qui se dirige vers Audun). A l’est du village se tenait encore une patrouille qui venait d’Audun. Avec mes jumelles, je vis qu’il s’agissait de dragons badois. Ils disparurent, lorsque les Français furent à 200 m d’eux.
 
Le plus vite possible, je me fis donner une carabine de mon caporal, et je tirais dans le groupe de Français lancés à la poursuite des dragons. Comme piqué par le diable, ils firent demi-tours et galopèrent derrière la hauteur. Après ¼ d’heure, des coups de feu furent tirés du petit bois de Murville (Note HL : bois à mi-chemin entre Murville et Malavillers). Puis on vit bientôt sur les hauteurs des troupes venir de Murville, largement dispersées dans les champs de blé. Ils prirent la direction du bois à l’Est de Mercy-le-Haut. Ici et là tombait maintenant un tirailleur. Une compagnie du 5ème chasseurs (Note HL : 5ème régiment de chasseurs à pied allemand, à confirmer) sortit d’Audun-le-Roman et se mit en ordre de bataille. Les Français se mirent à plat ventre et ouvrirent un feu violent. Des deux côtés, on vit les patrouilles de cavalerie disparaitre, les Français avancèrent lentement, se renforcèrent, les chasseurs restèrent en position à l’Ouest d’Audun. A ce moment, à gauche derrière moi, les escadrons de mon régiment, ayant mis pied à terre, ouvrirent le feu sur les lignes de tirailleurs français dans le vallon. Une compagnie avança contre les escadrons, les tirs semblaient avoir peu d’efficacité des 2 côtés.
 
Tout d’un coup, la situation changea, lorsque juste à l’est de Malavillers, une batterie française s’avança et ouvrit le feu à quelques centaines de mètres sur nos chasseurs postés près d’Audun (Note HL : artillerie de la 7ème DC). Les schrapnells étaient trop loin, les chasseurs profitèrent d’une pause dans le feu pour se retirer direction sud-est derrière le village. A ce moment-là apparurent près de moi les premiers tirailleurs du 144ème régiment d’infanterie (IR144, allemand), suivi par le 1er bataillon, puis par le reste du régiment. Cette attaque de flanc dut rendre la situation intenable pour les compagnies ennemies qui se trouvaient plus bas à Malavillers.
 
Jusqu’à présent, j’avais observé tranquillement le déroulement des opérations. Tout changea lorsque 100 mètres derrière moi, deux shrapnells éclatèrent en l’air et leurs pluies de balles se dispersèrent en sifflant. J’eu peu de temps pour réfléchir, les coups suivants arrivèrent de loin …. Enfin les premiers tirs de notre artillerie !
 
A partir de maintenant, le déroulement des combats fut si rapide, que je n’ai plus un souvenir très précis. Maintenant, ma position sur le flanc gauche du régiment de chasseurs n’était plus justifiée. Je remontais à cheval avec ma patrouille, et je me dirigeais vers l’endroit où mon régiment avait pris position. En chemin, les balles sifflèrent de nouveau autour de nous, venant de la droite. D’un point haut, j’aperçus mon régiment plus loin au sud d’Anderny, à la lisière du bois. A ma grande surprise, je vis les escadrons se mettre en mouvement et attaquer en direction du Bois Communal. Autant qu’on puisse se rendre compte, un escadron est en avant, suivi par les autres en ordre dispersé. L’attaque se faisait à partir de la hauteur 335 au sud-ouest d’Anderny. Je vis et j’entendis tirer les fantassins français qui se trouvaient dans les taillis qui couvrent cette pente. On voit quelques Français courir en bas de la pente près du bois. Pour moi il est trop tard pour arriver à temps pour l’attaque. Je galopais aussi vite que possible avec ma patrouille en direction de la hauteur 135, et arrivais lorsque les escadrons revinrent en venant du sud-est. Une partie du dernier escadron mit pied à terre pour combattre. Je décidais de me joindre à ce groupe avec ma patrouille.
 
Nous vîmes à ce moment-là les derniers Français qui se repliaient dans le bois, mais nous reçûmes au même moment des coups de feu tirés près de nous à partir du bois communal. Pendant 10 minutes, nous nous battîmes contre les Français, puis ils disparurent, et le calme revint. Dans les taillis devant nous gisaient quelques soldats, ils appartenaient au 29ème chasseurs à pied.
……………………………………………………………………….
Manifestement le régiment a eu à faire à une compagnie envoyée de Murville dans une direction sud-est en flanc-garde. Une partie des tirailleurs (français) avait pu se replier dans le bois, 18 Français étaient tombés, tués par les coups des lances ou le feu des carabines. J’emmenai 2 prisonniers au point de rassemblement du régiment. C’est là que j’appris ce que nous avait couté notre baptême du feu : le colonel Freiherr von Nordeck blessé, l’officier aide de camp Regenberg tué. C’était un bon camarade et un excellent soldat. Le sous-lieutenant Unger est grièvement blessé, une balle ayant traversé l’omoplate et atteint le poumon. Deux maréchaux des logis sont grièvement blessés, l’un des deux mourra peu de temps après. Un homme du 5ème escadron a été tué, quelques autres blessés. Plusieurs chevaux sont tués.

 Fin de citation

 

 

Combat Anderny horiz JzP12.jpg

Le combat d'Anderny (22 août 1914, vers 10h00)

Source: Historique du "Jäger zu Pferd Regiment Nr 12 »

(12ème régiment de chasseurs à cheval allemand)

 

Légende:

a) Combat à pied des 3ème et 5ème escadrons

a1) Combat à pied du 3ème escadron. Sera ensuite engagé avec le 5ème escadron

b) Mouvement du régiment parallèle à la lisière nord du Grand Bois

c) Attaque des 3ème et 5ème escadrons, et du demi-4ème escadron, en direction de la lisière sud-ouest d'Anderny

d) Tombes des Français du 29ème bataillon de chasseurs à pied

e) Tombe du chasseur Schnelling du 5ème escadron

f) Tombe du Lieutenant Regenberg, officier aide de camp du régiment

 

 

Le sabre du Lieutenant Regenberg (12ème régiment de chasseurs à cheval allemand - JzP12)

 

Le sabre du Lieutenant Regenberg, tué le 22 août 1914 à Anderny, a été retrouvé et conservé après le combat par un habitant d'Anderny.

On trouvera l'histoire de ce sabre sur le site //anderny.blogspot.fr/2014/12/blog-post.html.

La photo du sabre est reproduite avec l'aimable autorisation du créateur de ce site, descendant d'une famille d'Anderny.

 

Sabre Lieutenant Regenberg JzP12.jpg

Le sabre du Lieutenant Regenberg, JzP12, tombé à Anderny le 22 août 1914

Source: //anderny.blogspot.fr/2014/12/blog-post.html

 

 

 

Le sous-officier Schulz, 5ème escadron, 12ème régiment de chasseurs à cheval (allemand)

 

Le sous-officier SCHULZ tient le carnet de route du 5ème escadron.

 

Le 22 août 1914, l’escadron se lève à 3h et se met en route à 4h. Selon les dernières informations reçues par l'état-major allemand, une armée française a quitté Verdun et se dirige vers Longwy. Le 16ème corps d’armée, auquel est rattaché le 12ème régiment de chasseurs à cheval, doit attaquer cette armée de flanc.

 

L’escadron marche dans la nuit. Au lever du soleil, il se trouve à proximité d’Anderny, village français situé à environ 27 km à l’ouest de Thionville.

 

Début de citation, récit du sous-officier Schulz

 
A droite se trouvaient quelques maisons, en avant du village d'Anderny. Les habitants s’étaient habillés à la hâte et nous regardaient anxieusement.
Vers 6 heures, nous nous tenions sur une hauteur, à 1 km au nord d’Anderny, comme flanc-garde de notre division. Le 3ème escadron mit pied à terre et se réchauffa. Il occupait le chemin de crête qui se trouvait devant nous, avec une direction nord-sud. Mon escadron resta à cheval comme couverture. La nature de notre affectation comme cavalerie divisionnaire avait eu pour conséquence que le régiment, en raison de sa mise sous le commandement de nombreux corps de troupes, n’avait pas son effectif normal. On ne pouvait plus vraiment parler d’un « régiment ».
Le soleil monta sur l’horizon. Tout était calme autour de nous. Vers 8 h, nous entendîmes quelques sifflements et vrombissements au-dessus de nos têtes. Les sifflements ressemblaient au bruit de freins. Nous nous demandions de quoi il s’agissait. Soudain, ce fut clair, c’était des coups de feu. Instinctivement, nous nous baissons. C’était le feu de l’infanterie ennemie ! Progressivement, nous nous redressons, car nous sommes à l’abri d’une hauteur qui se trouve devant nous. Les tirs qui venaient du haut de la colline passaient assez haut au-dessus de nos têtes. Cette « conversation » dura plusieurs heures. Mon escadron dut, comme le reste du régiment, descendre de cheval. Devant nous, en avant du 3ème escadron, deux chasseurs furent blessés. On les ramena vers nous. Ils furent pansés. L’un avait reçu une balle dans le ventre. Cela semblait grave. J’étais étonné que l’homme reste sans crier.
Le 3ème escadron ouvrit le feu sur le cimetière du village de Murville, qui, par rapport à nous, se trouvait à l’ouest. C’était là que se trouvait l’ennemi. Le sifflement au-dessus de nos têtes cessa peu à peu. L’escadron, déployé en tirailleurs, se regroupa en arrière vers les chevaux. Là-dessus arriva au galop un agent de liaison. Il annonça :
« La cavalerie ennemie est sur le flanc droite ».
Ce qui se produisit maintenant se déroula plus vite qu’on ne peut le raconter.
« A cheval »
« En avant »
Le colonel (commandant le régiment) se dirigea avec son état-major vers le sud, le long des collines, vers un petit bois. Le capitaine Schoen conduisit le régiment à la suite. A peine nous étions en mouvement, que des obus éclatèrent derrière nous. Nous prîmes peur. Nos visages devinrent blancs. Si nous étions restés quelques instants de plus, alors nous aurions reçu les obus au milieu de nous. Les obus nous suivirent. La tentation était grande de prendre le galop. Le capitaine Schoen ne nous laissa pas galoper. La hauteur s’abaissait vers le sud. Après un court chemin, le colonel demanda qu’on lui envoie un sous-officier. Le capitaine me donna l’ordre : « Présentez-vous au Colonel ». Le Colonel me donna l’ordre d’aller sur la hauteur, et de vérifier si le régiment pouvait passer. Je galopais jusque sur la hauteur, et je constatais que le terrain était divisé en parcelles par des clôtures en fils de fer. Je revins en galopant et rendit compte : « Mon Colonel, il faut envoyer des hommes avec des cisailles, nous ne pouvons pas passer ». « Oui, pas de souci ». Je réintégrais mon escadron et restait à proximité du capitaine.
Le lieutenant Unger, qui portait encore un bandage autour de la tête, marcha en éclaireur avec quelques hommes, en avant du régiment. Nous changeâmes de direction à mi-hauteur de la colline. Soudain, un feu d’infanterie crépita autour de nous. Le lieutenant Unger fut touché et tomba de cheval. Ses hommes firent demi-tour.
«  En ligne »
« A l’attaque »
« Lances baissées »
Le commandement du colonel retentit avec force. Mais, à son avis, le changement de direction dura trop longtemps. « En avant ! » nous cria-t-il. J’étais tout près de lui. L’ennemi avait immédiatement reconnu l’état-major du régiment et le prit sous un feu violent. Le commandement était à peine lancé que plusieurs coups de feu transpercèrent l’aide de camp et son cheval, qui se tenait tout près du colonel. Il tomba de cheval. Le cheval s’écroula. A ce moment, le colonel tira son épée du fourreau. Lui aussi fut atteint de deux balles. Une balle frappa son étui à révolver, l’autre balle le toucha un peu plus haut sur le côté.
Je criai : « le colonel est blessé ! » J’étais excité et je croyais qu’il n’avait pas remarqué les coups. Un regard furieux, qui signifiait quelque chose comme « la ferme, tais-toi », fut la seule réponse. Avec sang-froid, probablement pour ne pas nous effrayer, il prit un cigare dans sa main, et de nouveau retentit son ordre « en avant ».
Les 5ème, 3ème et le demi-4ème escadron furent déployés en ligne. Le reste du régiment se plaça en couverture. A l’aile droite avançait le 5ème escadron, donc le mien, loin en avant du capitaine. C’est nous qui étions exposés le plus au feu.
Au commandement « en ligne », j’avançais sur le côté de la colonne de mon escadron, car je pensais ne pas devoir rester près du capitaine. Le sergent Wilms se portait en avant, c’était le sous-officier commandant l’aile droite de cette colonne. La colonne était dirigée par le vice-sergent Holzen. Faisant de l’humour noir, je dis à mon camarade : « Johann, je me mets à côté de toi, peut-être il ne m’arrivera rien ! »Il resta sérieux et ne répondit rien. Après quelques foulées, son cheval s’écroula avec lui. Le sergent Holzen évita le cheval et cria : « ho, ho ! » Maintenant j’étais placé en avant de la colonne. La pente descendait à travers un champ d’avoine. Devant moi, un Français se leva et se mit à courir. Je l’avais à la pointe de ma lance. Il trébucha et tomba sur le sol. J’enlevais seulement le képi de la tête. Je ne pouvais pas me décider à donner un coup dans le dos; je n’avais jamais affronté un homme avec une arme, et celui-ci était étendu sans arme avec les bras écartés, son visage avec une impression curieuse de soulagement …
Au bord du champ d’avoine se trouvaient des massifs d’arbustes. Je m’arrêtai devant une clôture. L’excitation était grande. La colonne s’était dispersée. A proximité de moi plusieurs Français étaient allongés sur le sol, serrés les uns contre les autres. Ils faisaient feu autour d’eux, sans viser. Et maintenant je pris mon revolver et tirai. Je ne sais pas si j’ai visé juste. Le chasseur Mattern était le seul de la colonne qui m’avait suivi.
C’était maintenant un peu plus calme. Le sous-lieutenant von Moller arriva au gallop et voulut franchir la clôture. Son cheval tomba. Le résultat fut une entorse et un pantalon déchiré.
Quelques coups de feu étaient encore échangés. L’escadron était dispersé. Des chevaux étaient blessés. D’autres étaient tombés. Le sergent Bader rassembla tous les hommes sans chevaux. Il se dirigea à pied avec les baïonnettes au canon en direction des Français qui se défendaient encore et termina le combat.
 Le capitaine Schoen revint. Il me donna l’ordre : « retournez en arrière et dites aux hommes de ne pas bouger ! » Je pris le galop vers l’arrière. Les sergents Robens et Goldmann avaient transporté le sous-lieutenant Anger à l’abri des coups de feu. Maintenant ils s’occupaient de l’officier d’ordonnance, le lieutenant Regenberg. Ils l’avaient étendu sur des lances, afin de le transporter. Je vis les mains du lieutenant blanchir. Je leur dis « Laissez le ici, vous le faites souffrir, cela ne sert à rien ! ».Ils approuvèrent. Le lieutenant était mort.
 « Rassemblement »
L’ordre fut répété. Avec un chasseur, je fus chargé d’une reconnaissance en direction de la cavalerie ennemie. La cavalerie ennemie ne se montra pas. Ce fut notre chance !
Le colonel confia la direction du régiment au major Gerhardt. Il était blessé et devait se faire soigner.
Je me sentais libre, sans inhibition. En exécutant ma mission, j’avais eu l’opportunité d’observer toutes les phases du combat. L’excitation et les impressions étaient fortes. Un homme vint vers moi et me montra un képi troué. Il pensait que le coup de feu était de moi. Je préférais ne pas le voir. « J’ai compté : 18 morts et un prisonnier, il s’agit de chasseurs du 29ème bataillon de chasseurs à pied ».
Le lieutenant Regenberg fut enveloppé dans la couverture de selle de son cheval. Nous l’enterrâmes sous un chêne, avec un chasseur. Le régiment resta sur ses positions.
Dans la soirée, les chevaux furent conduits à Mairy pour être abreuvés. A la tombée de la nuit, nous nous tenions dans un champ de blé. Vers 9h du soir, le major s’adressa à nous. Nous montâmes à cheval pour quitter cet endroit … chacun avec ses pensées. Nous ressentions durement la perte de notre colonel et la mort de l’officier d’ordonnance.
A Murville, nous fîmes halte dans un champ d’avoine. Le village était en flamme : nous ne devions pas pénétrer dans le village. Nous n’avions pas de feu de bivouac, ni aucun approvisionnement. Le sergent Robens et moi, nous prîmes quelques lits dans une auberge pillée qui se trouvait à proximité. Nous nous étendîmes. L’air était humide.
 

Fin de citation, récit du sous-officier Schulz

 

Le régiment passa la nuit à proximité immédiate de Murville. Le lendemain matin (23 août), il se porta vers l'Ouest, en direction de Saint-Supplet, puis de Réchicourt.

 

 

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18/11/2013

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