Mercy-le-Haut 1914-1918

Mercy-le-Haut 1914-1918

Nos poilus à Reuilly

Nos poilus à Reuilly

 

 L’œuvre « Les Parrains de Reuilly » 

 

   D’après un article de Georges G. TOUDOUZE intitulé : « Une œuvre de fraternité militaire. " Les Parrains de Reuilly " », publié aux pages 6 et 7 du n° 109 de la revue « Le Pays de France », datée du 16 novembre 1916. 
 
 
   Au cours de l’année 1915, un journal parisien attira l’attention des pouvoirs publics sur le sort des soldats permissionnaires originaires des régions occupées, « chiens errants » qui débarquaient à Paris sans ressources, sans toit, sans but et sans amis. Loin d’être le réconfort recherché, les permissions étaient avant tout pour eux source de tristesse et de démoralisation. Donnant suite à cette plainte, l’autorité militaire décida de leur ouvrir les portes de la caserne de Reuilly, sise dans le XIIe arrondissement.  
 
   Émus par la détresse tant morale que matérielle des camarades qui se présentèrent alors à eux, les sous-officiers et soldats de la 22e Section de commis et ouvriers d’administration, en détachement à Reuilly, décidèrent de se grouper afin de leur offrir un accueil quasi-familial. Une souscription ouverte entre eux permit de recueillir les premiers fonds nécessaires, auxquels vinrent rapidement s’ajouter les dons en espèce ou en nature de particuliers. 
 
   Dans le courant de l’été 1915, et pour gérer au mieux les ressources ainsi rassemblées, l’adjudant A. Angot décida de fonder une œuvre de fraternité militaire, dénommée « Les Parrains de Reuilly ». Ses statuts furent présentés par l’officier principal d’administration Anceau, commandant la 22e Section de C.O.A. ; au nom du Gouvernement, elle fut officiellement reconnue par le ministre de la Guerre, le général Joseph Gallieni, le 7 mars 1916. 
 
   L’œuvre fut initialement administrée par un conseil ainsi composé : 
 
   ― Président : l’officier d’administration de 1re classe Aubin ; 
 
   ― Administrateur-délégué : l’adjudant A. Angot, en sa qualité de fondateur de l’association ; 
  
   ― Membres représentant le détachement : 
 
         ● Secrétaire : le soldat de 2e classe Radiguer ;    
 
         ● Trésorier : le caporal Mulot ; 
 
         ● Membres : les sergents L. MouryR. NobletF. SevetierE. Michel,  
 
    ― Membres représentant les permissionnaires du front : les sergents V. LadetP. DettvillerH. VerneyH. Bompaire et A. Valette
 
   Selon sa brochure de présentation, l’œuvre « Les Parrains de Reuilly » avait pour objet social de « doter d’une véritable famille les poilus originaires des pays envahis sans contact avec les leurs depuis le début de cette terrible guerre, les accueillir pendant leur permission, leur prodiguer, pendant et après, prévenances, distractions et ressources de toutes sortes, les soutenir matériellement encore quand ils ont rejoint les tranchées, les aider moralement par une correspondance assidue où s’expriment, par l’abondance de la sincérité, les sentiments de sympathie, d’affection et de reconnaissance qui animent les hommes de l’arrière envers leurs camarades du front, sentiments qui raniment les courages et réchauffent les cœurs. » 
 
   Furent créés dans les locaux de la caserne de Reuilly un service de nettoyage, désinfection et désinsectisation, placé sous l’autorité du professeur Bordas, ainsi que des dortoirs, des réfectoires, un salon de coiffure, une bibliothèque, une salle de spectacles, une « salle d’adresses et de renseignements » et un service automobile pour les promenades et excursions. 
 
   Le permissionnaire arrivant du front était accueilli à la gare par les soldats du détachement de Reuilly et emmené par eux à la caserne. Après avoir été nettoyé, il lui était remis du linge frais et désigné un lit. La brochure de présentation de l’œuvre décrivait de la sorte, sans doute de manière quelque peu idyllique, les conditions de son séjour : 
 
   « Pour éviter toute erreur ou changement de lit, il est remis, à chaque permissionnaire entrant, une fiche représentant la photographie du bâtiment et où sont inscrites toutes les indications qui lui sont nécessaires pour se guider dans la caserne : les numéros de l’escalier, de l’étage, de la chambre et du lit. 
   Une petite somme de 2 fr. 50 remise au même moment au camarade hébergé lui permettra de circuler librement dans Paris lorsque cela lui plaira, sans aucune gêne ni entrave. Le permissionnaire est, en effet, à Reuilly parfaitement libre de son temps de permission, et c’est là un principe absolu dominant toute l’organisation, le principe directeur et intangible de l’Œuvre. Il peut sortir à toute heure de jour et de nuit, choisir lui-même de son plein gré, accepter ou refuser les nombreuses promenades et distractions. 
   Le permissionnaire se lève quand il veut ; le petit déjeuner du matin, sous forme d’un bon café, de pain et d’une tablette de chocolat, lui est apporté dès son réveil jusque dans son lit par les soins des hommes de service. De toute la journée, il n’aura pas la moindre corvée à accomplir ; son lit sera fait ; il sera servi à table à chaque repas par les camarades de la 22e Section. 
   Sitôt descendu, le programme des distractions quotidiennes s’offrira immédiatement à ses yeux ; il y trouvera tous les renseignements qui peuvent lui être utiles, le nom des guides conduisant chaque groupe, l’endroit du rassemblement, l’heure fixée pour le départ qui est, en général, huit heures pour le matin et treize heures pour l’après-midi. 
   Pour les repas ― toujours pour afin de ménager la liberté de tous ― les déjeuners sont servis entre dix heures et midi et les dîners entre dix-sept heures et demie et dix-neuf heures et demie. Ces repas servis par tables de six afin de respecter l’intimité des rencontres et des amitiés renouées, sont l’objet des soins les plus attentifs et l’on aura une juste idée de leur composition par l’exemple de ce menu pris au hasard : soupe normande, pâté de foie, flageolets, salade, pommes ou oranges, une bouteille de bière, café, cigare. » 
 
   Chaque permissionnaire devait néanmoins se rendre dans un local spécial afin que fussent inscrits sur une fiche tous les renseignements le concernant, lui et les siens. Ce document était destiné à aider les recherches éventuellement effectuées par l’autorité administrative ou les particuliers, soit pour donner aux familles chassées des zones occupées des nouvelles des soldats mobilisés, soit pour permettre à ces derniers de retrouver la trace de leurs proches, réfugiés à l’arrière. La fiche comportait, en outre, un état signalétique, permettant à l’œuvre d’entretenir ultérieurement une correspondance avec chacun de ses filleuls. Enfin, elle était complétée par une photographie faite chaque jour à midi et demi en groupe, dont un exemplaire était remis à chaque homme. 
  
   Après s’être promené, soit seul, soit en compagnie d’autres camarades sous la conduite d’un soldat du détachement, le permissionnaire était convié après dîner à une soirée de divertissement. Une salle de spectacles pourvue de gradins et comportant une scène véritable, avec rampe, rideaux, portants et décors, ainsi qu’un orchestre, avait en effet été aménagée par l’œuvre dans une ancienne écurie ; elle disposait d’un éclairage électrique et était ornée de drapeaux, guirlandes et peintures décoratives. On y donnait chaque soir une représentation, le spectacle changeant quotidiennement. De huit heures et demie à minuit, les permissionnaires pouvaient voir des films, ou applaudir les artistes des théâtres ou des cafés-concerts venus se produire bénévolement. 
 
   Au 31 octobre 1916, le montant total des dons reçus par l’œuvre s’élevait à 205.509,40 F., ceux provenant des soldats du détachement de Reuilly s’élevant, à eux seuls, à 61.940,70 F. Au nombre des donateurs figuraient notamment : 
 
   ―  La princesse Georges de Grèce, née Marie Bonaparte, pour 50.500 F. ; 
 
   ―  Les agents de police du 7e District, pour 340 F. ; 
 
   ―  La Société de géographie – par les soins de M. Le Myre de Vilers –, pour 4.000 F. ; 
 
   ―  L’Union nationale des cheminots, pour 9.100 F. ;   
 
   ―  Divers donateurs, pour une somme totale de 45.642,50 F.  
 
   Au 3 novembre 1916, 34.122 permissionnaires étaient passés par l’œuvre de Reuilly, notamment le poilu Jean-Baptiste Decobecq, originaire de Valenciennes, qui posa pour la célèbre affiche «On les aura », créée par Abel Faivre pour le lancement du deuxième emprunt de la Défense nationale. A la même date, avaient été : 
 
     ―  Établies 68.100 fiches signalétiques de reconnaissance, soit une par permissionnaire et une par famille ;      
 
     ―  Remis 158.676 F. aux permissionnaires, lors de leur séjour à Paris ; 
 
     ―  Fumés par ces derniers 224.000 cigares dans les cours de Reuilly ; 
 
     ―  Échangées 94.000 lettres entre parrains et filleuls ;   
 
     ―  Envoyés au front, pour une valeur globale de 53.224 F., 6.653 paquets renfermant au total : 2.965 paires de chaussettes ; 123 tricots ; 2 .315 mouchoirs ; 2.262 boîtes de sardines ; 2.883 pâtés ; 1.244 tubes de moutarde ; 426 kg de chocolat ; 1.234 crayons ; 3.507 pipes ; 5.702 paquets de tabac ; 4 accordéons ; une clarinette ; etc. 
 
   A noter, enfin, que « Les Parrains de Reuilly » furent aidés dans leur tâche par la princesse Georges de Grèce. Outre la contribution mensuelle qu’elle versait à l’œuvre, à compter du 15 novembre 1915, elle reçut chaque jour à déjeuner 25 permissionnaires originaires des contrées envahies, pères d’au moins quatre enfants, en les gratifiant de surcroît d’un billet de 5 francs à l’issue du repas. En douze mois, 8.000 permissionnaires eurent ainsi l’honneur de la table de la fille de Roland Bonaparte.  
 
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Source : //pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/forum-pages-histoire/oeuvre-parrains-reuilly-sujet_11061_1.htm

 

 



23/11/2014

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