Bataille de Mercy-le-Haut: récits des combattants - Mercy-le-Haut 1914-1918

Mercy-le-Haut 1914-1918

Mercy-le-Haut 1914-1918

Bataille de Mercy-le-Haut: récits des combattants

Bataille de Mercy-le-Haut, 22 août 1914 après-midi.

Récit des combattants.

  

 

Colonel Adrien Henry

  

Adrien Henry a rédigé ses mémoires de 14-18 à la fin de la première guerre mondiale, à partir de ses carnets remplis au jour le jour. Le travail de collecte et de synthèse de ces mémoires a été réalisé par son fils et son petit-fils, qui ont édité un livre « Un Meusien au cœur des deux guerres », éditeur YSEC Editions, 2011.

 

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Le sous-lieutenant Adrien Henry en fin 1914

Source : site www.colonel-adrien-henry.fr

 

 

Le 31 juillet 1914, Adrien Henry, originaire de la Meuse, est mobilisé comme sergent au 161ème régiment d’infanterie de Saint-Mihiel, 2ème bataillon, 6ème compagnie. C’est un cultivateur, alors âgé de 26 ans, qui avait repris la ferme de son père, décédé.

 

Entre le 2 août et le 20 août, le 161ème RI remonta vers le nord. Le 20 août, le régiment se dirigea en direction de Longwy, attaqué par les Allemands. Le soir du 21 août, le régiment cantonne à Joudreville.

 

Le 22 août, le régiment quitta son cantonnement dans la nuit. Voici le récit des combats du 22 août à Mercy-le-Haut, racontés par Adrien Henry :

 

(J’ai ajouté quelques notes en italiques pour faciliter la compréhension du récit)

 

Début de citation

 

22 août 1914 : le baptême du feu.
  
Nous quittâmes Joudreville dans la nuit et nous nous dirigeâmes vers Audun-le-Roman. Nous arrivâmes à Mercy-le-Haut vers huit heures du matin. Une patrouille allemande était venue aux environs la veille. Nous sentions l’ennemi proche. Le 2ème bataillon du 161ème dont je faisais partie était à droite du dispositif, le 1er était plus à gauche, à hauteur du cimetière. Ma compagnie – la 6ème – tenait la crête au sud-est du village (Note HL : il s’agit de la hauteur de la croix Colas, à 500M à la sortie du village vers Malavillers). Elle reçut l’ordre de s’y retrancher.
 
C’est là que je vis les bienfaits de l’instruction militaire du temps de paix. Nos tranchées furent creusées méthodiquement, un parapet de 80 cm de terre nous protégeant contre les balles ennemies, le tout bien camouflé, échappant aux vues de l’ennemi. Tout fut terminé vers midi et à une heure nous reçûmes l’ordre de nous porter en avant, dans la direction d’Audun-le-Roman. C’est à ce moment que j’entendis pour la première fois siffler les balles. Elles venaient d’une haie située à 800 m de nous. (Note HL : il s’agit du 30ème régiment d’infanterie allemand (IR30). Ce régiment avait quitté Malavillers et progressait à droite et à gauche de la route de Malavillers à Mercy-le-Haut). Nous nous couchâmes dans les avoines et nous commençâmes à progresser par demi-section. Tandis que deux escouades tiraient sur l’ennemi caché dans la haie, les deux autres faisaient un bond de 50 m en avant, se couchaient et se mettaient à tirer tandis que les deux premières escouades progressaient à leur tour. L’ennemi, peu nombreux, quitta la haie, mais à notre tour, nous fûmes forcés de nous arrêter, car sur notre gauche l’ennemi progressait et nous risquions d’être encerclés. (Note HL : il s’agit du 1er bataillon du IR30, qui approche de Mercy en longeant le bois de Malavillers).
 
Nous nous repliâmes donc sur les tranchées que nous avions creusées le matin, mais à ce moment – pour notre malheur – une batterie du 40ème régiment d’artillerie vint s’installer derrière nous et commença à tirer (Note HL : le 161ème RI avait reçu l’appui du 1er groupe du 40ème RAC. Les 2 autres groupes étaient en position à Joppécourt et appuyaient les troupes engagées dans la bataille de Fillières). Je revois encore l’officier commandant les pièces, monté sur l’échelle de batterie ; c’est là qu’il fut atteint par un éclat d’obus et tué. (Note HL : il s’agit du capitaine ROMBROT, polytechnicien de la promotion X1902. Il fut blessé mortellement au ventre et décéda quelques heures plus tard).
 
Nos pièces attiraient naturellement le feu de l’ennemi. J’entendis là les premiers obus de 77 qui arrivaient et éclataient sur la batterie française à 150 mètres de nous. Nous étions mal placés, mais nous hésitions à quitter cette bonne tranchée où nous étions bien abrités, cela d’autant plus qu’à notre gauche, un combat d’infanterie terrible se livrait dans le cimetière et que nous recevions des balles venant de ce côté. (Note HL : il s’agit probablement du régiment d’infanterie allemand IR173, qui attaquait le lisère est du village). La batterie d’artillerie reçut l’ordre de se replier et, au moment où elle partait, le tir ennemi redoubla. J’entends encore un gradé d’artillerie commander « Amenez les avant-trains ! ». A ce moment précis un obus arriva à 10 mètres de notre tranchée. Il ne nous était pas destiné, car notre tranchée était peu visible, mais était destinée aux artilleurs qui se repliaient. L’obus éclata, blessa grièvement un de nos hommes et tua le lieutenant Vastel commandant la section : un gros éclat lui arriva à hauteur de la hanche, coupa la bélière de son sabre et lui brisa tout un côté du corps.
 
A ce moment, nous sentions que nous étions débordés par la gauche, le nombre l’emportait. A son tour, notre bataillon reçut l’ordre de se replier. Il était commandé par le chef de bataillon Tisserand – qui fut évacué pour maladie le lendemain. Le capitaine Gonze commandait ma compagnie, mais le chef de bataillon l’ayant pris avec lui ce jour-là comme adjoint, ce fut le capitaine Gonze qui me donna l’ordre de rester sur le terrain pour protéger le repli du bataillon. Ordre judicieux. Mais à ce moment-là, la situation devint critique, l’ennemi voulant à toute force entrer dans le village, ce qu’il ne put faire. Il était six heures du soir. La bataille faisait rage. Le soldat Haraud fut tué d’une balle en pleine tête. Le projectile entra à la naissance des cheveux, au sommet du front, et ressortit derrière le crâne. Le capitaine Gonze et moi étions près de cet homme. C’en était trop pour les nerfs de Gonze. Il devint subitement fou et se mit à crier « Attention à la cavalerie. Sauvez-vous dans le village », etc. Heureusement, les vingt hommes qui étaient là dans la tranchée à 30 mètres de nous, ne bougèrent pas ; dans le fracas de la bataille, au milieu des éclatements d’obus et des cris des blessés, l’incident passa presque inaperçu. Je fis reconduire le capitaine Gonze au chef de bataillon et ce dernier me fit dire par un sergent (j’ai oublié son nom, mais il était de Louppy-le-Château) de protéger la retraite du bataillon, et de ne me replier qu’au moment où il m’en donnerait l’ordre. L’ordre ne vint jamais parce qu’un quart d’heure plus tard l’agent de liaison Coquerel qui me l’apportait fut tué en route.
 
Me voyant débordé à gauche et sans un seul Français derrière moi, je résolus de me replier. Il ne fallait pas penser à aller à Mercy-le-Haut, le village étant occupé : je l’appris par les coups de feu reçus à 200 mètres de là. Deux de mes hommes tombèrent près d’une haie. Avec les dix qui me restaient je pris franchement la direction opposée et je me dirigeai, avec mes hommes en tirailleurs, vers Xivry-Circourt. J’avais soif. La nature ne perd jamais ses droits, je voulais boire et les hommes aussi, c’est pour cela que le village nous attirait. De plus à Xivry, nous nous sentions hors du champ de bataille et en pleine sécurité.

Fin de citation

  

Le sergent Henry rejoint Xivry-Circourt, à 4 km de Mercy-le-Haut. Au moment où il rentre dans le village, le 144ème régiment d’infanterie allemand (IR144) se rapproche du village, marchant en colonne sur la route de Landres à Xivry: il se trouve à moins de 800 mètres. Après être passé à Anderny, Murville, Higny et Preutin, le IR144 participe à la manœuvre d’encerclement de Mercy-le-Haut avec le IR135 et la 6ème division de cavalerie (KD6).

 

Avec la dizaine d’hommes qui lui restent, il organise un combat de retardement en se retranchant dans une maison à l’entrée du village, infligeant de lourdes pertes au IR144. Peu après, constatant que les Allemands encerclaient le village, il réussit à fuir par les jardins, en profitant de la nuit, et à rejoindre Spincourt avec 5 hommes.

 

Le sergent Henry fera toutes les grandes batailles de la guerre. Blessé plusieurs fois, devenu capitaine à la fin de la guerre, il participe alors aux opérations de l’armée française en Pologne et en Rhénanie.

 

Il poursuivit ensuite sa carrière dans la gendarmerie, jusqu’au grade de colonel. Pendant la guerre 1939-1945, il combattit dans la résistance. Il est grand officier de la Légion d’Honneur, et titulaire de plus d’une trentaine de décorations. Il décéda en 1963.

 

 

Docteur René Guillaume

 

Le Docteur René Guillaume est mobilisé le 31 juillet 1914. Il est âgé de 34 ans. Il est affecté au 161ème Régiment d’infanterie, médecin du IIIème bataillon, en tant que médecin aide-major de 1ère classe.

 

Il a tenu un carnet du 31 juillet 1914 jusque juin 1915. Son carnet est un témoignage précieux sur tous les combats du 161ème RI pendant les 10 premiers mois de la guerre. Le Dr Guillaume a également pris de nombreuses photos au cours de la même période.

 

Mlle Colette Guillaume, la fille du Dr Guillaume, a conservé le carnet de son père. En août 1995, elle a confié le carnet à  Philippe Lunard, qui l’a publié dans le livre « De Saint-Mihiel à l’Argonne : le carnet de route du docteur René Guillaume ».

 

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Le Docteur Guillaume (début 1915)

Source: De Saint-Mihiel à l'Argonne, Philippe Lunard, page 97.

 

Le 21 août au soir, le Dr Guillaume passe la nuit à Joudreville, venant de Fresnes-en-Woëvre: 35 km par une chaleur accablante. Il est logé chez M Camus, quincailler. Nous reproduisons ici des extraits du carnet concernant la journée du 22 août 1914.

 

Début de citation

 

Réveil alerte à 2 heures. Départ immédiat par Piennes, Landres, que les Allemands ont déjà incendié comme Affléville. A hauteur de Preutin nous quittons la grand route pour obliquer en traversant ce village vers Higny, où la veille un combat a été engagé par des chasseurs à pied (il s’agit du combat du bois de Boudrezy, mené le 21 août  par le 19ème BCP) et où nous trouvons encore le corps de plusieurs officiers et quelques hommes. Puis, plus loin Mercy-le-Haut. Le régiment traverse encore ce village et va se former au-delà en position de combat. Je reste moi-même aux premières maisons, il est 7 heures et demi. Le colonel de Feraudy, commandant la brigade (il s’agit de la 79ème brigade, qui regroupe les 150ème et 161ème RI, et les 25ème et 29ème BCP), passe avec deux officiers d’ordonnance et me dit : « Vous n’aurez sans doute pas grand travail aujourd’hui docteur, les Prussiens foutent le camp comme des lapins sans tirer un coup de fusil ». Et en effet, on n’entend jusqu’ici que de très rares coups de feu. Le médecin-major me rejoint ensuite et nous faisons le tour du village. Une petite salle d’ambulance où les Allemands ont laissé une dizaine de blessés graves reçoit quelques-uns des nôtres qui arrivent cependant que la fusillade commence. Jusqu’à midi toutefois l’action n’est point violente et j’ai pu trouver à manger deux œufs dans une maison où les Allemands venaient s’installer tous les jours depuis plus de deux semaines et exigeaient tout ce qu’on pouvait donner.
 
Après-midi. Le régiment qui s’est avancé dans les avoines hautes est reçu par l’ennemi caché dans des tranchées et nos pertes sont immédiatement très lourdes. Officiers et soldats tombent en grand nombre. Je reçois ordre de me porter vers Higny où m’arrivent de nombreux blessés légers surtout. La relève des blessés graves n’est en effet guère possible. Les brancardiers tombent eux-mêmes au côté de leurs camarades.
 
Le mouvement de repli commence pour le régiment. A 4 heures Baldy (sous-lieutenant affecté au même bataillon que le Dr Guillaume) avec quelques autres passent près de moi en avant de Higny, allant sur la crête pour rejoindre d’autres éléments qui cherchent à barrer le mouvement tournant que l’ennemi tente par là (il s’agit des 2 régiments allemands RI135 et RI144, qui attaquent Higny après être passés par Murville). Le médecin-major, puis Gamblin, aide-major depuis quatre jours, arrivé au régiment, me retrouvent à mon poste et m’emmènent en arrière à Preutin. Le régiment qui a rassemblé à peu près les survivants, va prononcer une contre-attaque, entraîné par le Colonel de Feraudy. Sans autre résultat du reste que la perte de nombreux hommes et officiers encore. Il n’y a personne derrière lui, il n’est pas soutenu (effectivement, le 161ème RI se bat contre 4 régiments d’infanterie allemands, et n’a plus aucun soutien d’artillerie, alors que les Allemands alignent 3 régiments d’artillerie de campagne). Les obus se font plus serrés, les calibres augment, et ce ne sont plus maintenant des 77 qui éclatent à 30 mètres de haut, mais des 105 percutants qui découragent chacun. Nous sommes dans Preutin. Il est 6 heures. Le train régimentaire encombre la voie et gêne le passage de nos voitures ou chariots de blessés. Le colonel peut cependant avec quelques officiers, blessés comme lui, traverser le village et être dirigé vers Xivry-Circourt. C’est le médecin-major et Gamblin qui sont allés le relever et ce dernier l’accompagne. Dès lors dans le village une nouvelle arrive, foudroyante : nous sommes tournés. La cavalerie allemande est à notre droite (il s’agit de la 6ème division de cavalerie allemande (KD6) est vient de Landres et s’approche de Xivry-Circourt). Je ne puis y croire. Cependant le mouvement de repli général est ordonné et sans ordre, chacun se dirige vers Xivry-Circourt. Tous nos blessés qui avaient été relevés et étaient à Preutin sont enlevés sur des chariots sans ressort et conduits à l’ambulance du 5ème corps installée à Xivry-Circourt et qui a déjà reçu le colonel et d’autres officiers.

Fin de citation

 

Le Dr Guillaume raconte ensuite comment il réussit à rejoindre Billy-sous-Mangiennes : il cherche d’abord à quitter Xivry-Circourt vers l’Ouest par le chemin de Réchicourt, mais celui-ci est bloqué par les troupes en retraite auxquelles sont mêlés des habitants de Xivry-Circourt qui fuient devant les Allemands (voir le témoignage de Charles Louis Bauchot, habitant de Xivry-Circourt).

 

Le Dr Guillaume suit alors un groupe de voituresdu génie et de cavaliers, qui cherchent à passer à travers champs vers Domprix. A la nuit tombée, en évitant Domprix qui brule, il rejoint enfin Réchicourt avec quelques hommes, tous les autres ayant été tués ou blessés en route. Il arrive enfin vers minuit à Billy-sous-Mangiennes où il passe la nuit.

 

 

Docteur Marius Mozer

 

Après sa scolarité en 1910, le Docteur Marius Mozer commence ses études en médecine à Paris. Elève de Babinski (médecin qui a décrit plusieurs signes d’affections neurologiques), Marius Mozer intègre l’hôpital maritime de Berck (Pas-de-Calais) en 1914. C’est à ce moment qu’il commence à œuvrer dans la recherche contre les tuberculoses osseuses et vertébrales.

 

En août 1914, il est mobilisé avec 2 autres internes de l’hôpital maritime de Berck. Il part au front comme médecin auxiliaire au 161ème régiment d’infanterie. 

 

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Les 3 internes de l’hôpital maritime de Berck mobilisés en août 1914

 

Le docteur Mozer a été blessé et fait prisonnier à la bataille de Mercy-le-Haut le 22 août 1914 dans la soirée.

 

Rentré en France en fin 1914, il témoigne auprès de la commission d'enquête mise en place par le gouvernement français pour enquêter sur les atrocités allemandes. Il raconte de façon très précise les conditions dans lesquelles il a été blessé par un officier allemand.

 

Noter que son témoignage contredit les récits d'autres personnes (habitants de Mercy-le-Haut) sur les circonstances de sa blessure et de son arrestation. Le docteur Mozer ayant fait sa déposition devant une commission d'enquête et sous la foi du serment, et étant le témoin direct et la victime des faits, on peut légitimement penser que son témoignage l'emporte sur les autres témoignages.

 

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Voici le texte de la déposition du Docteur Mozer (chapitre IV, pages 161 et 162, § 1, Attentats contre le personnel sanitaire, déposition n°233):

 

 

Début de citation

 

Déposition faite, le 17 janvier 1915 à Paris, devant la Commission d’enquête instituée par décret du 23 septembre 1914.

 

Mozer (Marius), 28 ans, interne des hôpitaux de Paris, médecin auxiliaire au 161ème d’infanterie, proposé pour la réforme n°1 :

 

Je jure de dire la vérité.

 

Le 22 août, après la bataille de Mercy-le-Haut, je venais de faire transporter un blessé chez une femme qui m’avait conduit auprès de lui dans un verger, puis j’avais pansé le capitaine de La Laurencie installé dans une autre maison, quand les Allemands arrivèrent. Un jeune officier suivi de deux soldats étant entré dans la chambre où je me trouvais avec M. de La Laurencie, interrogea et désarma les blessés qui étaient dans la maison (Note HL : il s’agit de la mairie de Mercy-le-Haut qui, à cette époque, se trouvait dans l’actuelle rue des Chènevières). Ayant constaté que j’étais médecin, il me laissa mon revolver.

 

Dans la soirée, je sortis pour aller chercher une lanterne, avec le caporal Deshayes et deux brancardiers. Nous essuyâmes alors le feu d’une patrouille. Après m’être jeté à plat ventre pour éviter les balles, je me glissai derrière une voiture et je tentai de m’expliquer en allemand. Une voix me répondit en français : « Levez-vous. Venez ».

 

Ayant obéi, je me trouvai en présence d’un sous-officier qui m’ordonna de mettre les bras en l’air, me fouilla, et me conduisit auprès d’un capitaine, dans la maison où j’avais transporté un premier blessé. Ce capitaine était dans la cour. Il m’interrogea, me fit fouiller à nouveau, puis, ayant avisé mon étui de revolver, en retira cette arme, et me dit : «  Pourquoi avez-vous un revolver, et pourquoi est-il chargé ? » Je cherchai à lui expliquer que dans notre armée comme dans la sienne, les médecins ont, conformément à la convention de Genève, le droit de porter sur eux des armes défensives ; mais il m’interrompit à chaque instant, et je me rendis compte qu’il ne m’écoutait pas. Bientôt, il me donna l’ordre de marcher devant lui. Au moment où j’arrivais dans l’embrasure de la porte, il m’ordonna de regarder la fenêtre. Je tournai aussitôt le corps dans la direction indiquée. Je sentis alors qu’il me plaçait le canon de mon revolver sur la tempe gauche. Je pensai qu’il voulait m’effrayer et je fis bonne contenance ; d’ailleurs, l’arme était au cran de sûreté et le barillet tourna plusieurs fois sans que le coup partît. Je finis par me retourner pour demander au capitaine allemand si cette mauvaise plaisanterie n’allait pas cesser, et en même temps je fis un mouvement assez brusque de la tête. A cet instant, une détonation retentit. La balle, m’atteignant derrière l’oreille gauche, sortit au-dessous de l’œil droit, me laissant deux blessures dont vous voyez les cicatrices. Je tombai lourdement sur le sol, crachant du sang et croyant mourir. Je souffrais atrocement et ne pouvais me tenir que sur le côté gauche. Ayant pu regarder de côté, je vis mon agresseur qui continuait à braquer sur moi mon revolver en disant : « Ne bougez pas. »

 

Je pensais qu’il allait m’achever, quand j’entendis le bruit d’une discussion violente. Un officier allemand qui, lui aussi, tenait un revolver à la main, me demanda si je souffrais beaucoup et s’écria : « C’est une honte et une infamie qu’on vient d’accomplir ! » Il me releva, me fit assoir sur une chaise, et envoya chercher un commandant. Ce dernier m’exprima des regrets. On me fit transporter par mes brancardiers auprès du capitaine de La Laurencie.

 

Le lendemain matin, plusieurs officiers et médecins allemands sont venus me visiter et me présenter des excuses. J’ai été le même jour transféré comme prisonnier à Fontay, puis de là on m’a conduit à Metz, où j’ai été très bien soigné.

 

Après lecture, le témoin a signé avec nous.

 

Fin de citation

 

 

Le Docteur Mozer bénéficia de l’échange via la Suisse de médecins prisonniers institué par la croix rouge. Il retourne à Berck vers la fin de septembre 1914.

 

Après une période de soins, il reprit du service à l’hôpital maritime. C’est ainsi que, en avril 1915, il soigne Jean Collignon, de Boudrezy, blessé en fin 1914.

 

Jean Collignon, mobilisé au 30ème régiment de Dragons, a été gravement blessé au bras droit et à la hanche au cours d’un combat près de la frontière belge.

 

Dans ses mémoires de guerre, Jean Collignon raconte sa rencontre avec le Docteur Mozer :

 

 

Début de citation

 

Je passe donc de Novembre (1914) à fin Mars (1915) à (l’hôpital auxiliaire de) Boulogne. Le 1er Avril 1915, je suis envoyé à Berckplage pour faire de la mécanothérapie. Ce sont des massages par l’électricité pour me réadapter le bras qui est comme un morceau de bois, et la jambe raide.

 

Le Major arrive, et voyant ma feuille (né à Mercy-le-Haut) il me dit : « J’ai été blessé à la mairie dans ton patelin, le 22 Août 1914 ». Il me montre une cicatrice à la joue. Il a reçu une balle de revolver alors qu’un Allemand lui demandait ses papiers. Emmené à Metz sans connaissance, il a été bien soigné et vient de rentrer en France en échange de Major prisonnier.

 

Fin de citation

 

 

Le Docteur Mozer fut nommé chef de laboratoire à l’hôpital de Berck, où il poursuivit ses recherches sur les tuberculoses osseuses et vertébrales avec l’aide de son frère Gérard.

 

Décoré de la légion d’honneur, le Docteur Mozer mourut en 1938 suite aux répercussions de ses blessures de guerre.

 

La ville de Berck attribua le nom de Marius et Gérard Mozer à une rue afin d’immortaliser leur œuvre scientifique.

 

 

Capitaine Jean de la Taille

 

Le capitaine Jean de la Taille commandait le 2ème escadron, 12ème régiment de chasseurs à cheval, au combat de Landres, 22 août 1914, après-midi. C'est lui qui a affronté avec son escadron la 6ème division de cavalerie allemande (KD6) qui progressait vers Xivry-Circourt pour encercler les défenseurs de Mercy-le-Haut.

 

Début de citation

 

Le 22 août, le 128 Chasseurs quitte Senon à la première heure et se porte vers le Nord, couvrant la droite de la 40e division d'infanterie (front Fillières-Mercy-le-Haut).

Une division de cavalerie ennemie est signalée. Le 2e escadron a, vers 16 heures, un engagement très chaud avec deux escadrons et demi de dragons badois, composant l'avant-garde de cette division.


Le capitaine de la Taille, commandant cet escadron, a rédigé le rapport suivant :

« Etant à Landres, j'ai reçu l'ordre, vers 14 heures, de faire replier mes postes et, vers 16 heures, de me replier moi-même sur la brigade, dans la direction de Xivry-Gircourt, tout en la couvrant sur sa droite.

« Je me portai dans une direction un peu à l'ouest de Domprix, en passant à travers champs, mais vins me heurter à des lignes de chemins de fer non portées sur la carte. Pour les franchir, je dus revenir en arrière vers le pont de Piennes, qui traverse les voies ferrées (route de Landres à Bouligny).

« Quelques minutes avant de prendre cette détermination, j'avais aperçu, sur la route de Norroy-le-Sec à Landres, deux escadrons et demi ennemis qui avaient d'ailleurs fait demi-tour en me voyant.

« En arrivant au pont de Piennes, je les vis rangés en bataille derrière la partie du village située à l'est des voies ferrées. Je passai le pont, attentif à ce que ferait l'ennemi.

Attaqué à pleine allure par lui presque immédiatement, je fis demi-tour. Un grand nombre de chevaux de mon escadron furent renversés par le choc qui s'était produit sur un terrain en pente défavorable pour nous. Je vis entre autre, pied à terre, M. D'HALEWYN, dont le cheval avait été tué.

« Malgré le désordre jeté dans l'escadron par la chute de ces chevaux, il y eut néanmoins une chaude mêlée dans laquelle l'ennemi a dû avoir des pertes égales aux nôtres, mais le terrain lui resta et un grand nombre de nos blessés, dont les sous-lieutenants D'HALEWYN et FLOCON, demeurèrent entre ses mains. Nous fîmes un prisonnier et ramenâmes quelques chevaux de prise. Nous avons retraité le soir sur Senon, où nous avons cantonné. »

Se sont distingués :
- Le maréchal des logis GOBÉE, qui a reçu cinq coups de lance, a abattu trois ennemis et est revenu le dernier du combat ;
- Le maréchal des logis PEYRARD, atteint de trois coups de lance et qui tua un sous-officier ennemi d'un coup de pointe ;
- Le maréchal réserviste CHARLES, qui, dans la mêlée, abattit trois adversaires.


Les pertes de l'escadron s'élevaient pour cette affaire :

Disparus ou faits prisonniers : 

- Deux officiers (sous-lieutenants D'HALEWYN et FLOCON) ; 
- Trois sous-officiers (maréchaux des logis Perrin, Colin, Santori) ; 
- Trois brigadiers(Carthelax, Rougeoreille, Ezannic) ; 
- Seize cavaliers (Becret,Bloque, Palares, Grière, Andrieu, Gand, Krebs, Bonnin,Carrut, Louvin, Meresse, Bertrand, Dorme, Carnat, Penot).

Blessés : 

- Un officier (capitaine de la Taille) ; 
- Deux sous-officiers (maréchaux des logis Peyrard et Gobée) ; 
- Treize cavaliers (Dindin, Guinet, Huart, Daudebourg, Ledez, Biet, Colin, Longy, Geoffroy, Carrat, Thouvenin, Joffroy, Thouvenin).

Le sous-lieutenant d'Halewyn, prisonnier, est cité à l'ordre de l'armée.

Le maréchal des logis Gobée reçoit la Médaille militaire.

Le même jour, le 3e escadron et la section de mitrailleuses reçoivent l'ordre de s'établir à pied sur le mamelon face à Landres, qu'ils occupent jusqu'à 18 heures. 

Fin de citation

 

 

Auguste Connesson

En août 1914, Auguste Connaisson a combattu dans la 12ème compagnie, 161ème RI. Il raconte ses souvenirs de la bataille de Mercy-le-Haut dans une lettre adressée le 8 août 1939 à l'abbé Peccavy.

 

Malgré quelques erreurs, le témoignage d'Auguste Connaisson est très émouvant. En particulier, il raconte très bien la dernière contre-attaque du 161ème RI, dans la soirée du 22 août, pour tenter de reprendre le village de Mercy-le-Haut, et la retraite vers Xivry-Circourt et Etain.

 

Début de citation

 

Je quittais Flirey le 20 août, en passant par (illisible) et Piennes, nous dirigeant vers Mercy-le-Haut. Déjà le 21 août, une bataille acharnée avait mis aux prises le 19ème bataillon de chasseurs, une ferme dont je ne me souviens du nom était jonchée de corps français et allemands, nous franchissions la grand route nationale pour atteindre le village de Mercy-le-Haut que nous atteignons du reste.
 
Je me souviens avoir parlé à quelques habitants qui nous apportaient des cartouches dans des (illisible) et nous encourageaient – faisaient même le coup de feu avec nous. Ils furent sublimes. Nous devions malheureusement abandonner le village écrasés par le nombre et nous replier dans un fond de prairie face au cimetière (il s’agit du creux entre Mercy et Boudrezy) , notre colonel Brosset-Heckel à cheval avec son état-major méprisait balles et obus de 105 qui pleuvaient et nous nous rassemblions sur ce point pour aller à l’assaut vers 18h, ce qui fut fait. Peu de temps avant, le cheval et notre colonel lui-même furent atteints par les balles, tandis que nous nous élancions à la baïonnette. Gênés par les blés très hauts, beaucoup de camarades tombèrent, le mouvement étant vu, nous étions sacrifiés avec de lourdes pertes, les rescapés attinrent un fossé bordant le cimetière (probablement les fossés de la route de Morfontaine), devant moi tombèrent un Saint-Cyrien en casoar et un capitaine la tête traversée, le capitaine de la Laurencie, que je croyais tué, mais que je revis à notre (amicale ?) voici 12 ans, il avait été comme notre colonel grièvement blessé et fait prisonnier.
 
Après cet assaut très coûteux en vie, et notre courage surprenant, nous dûmes, faute de munitions, nous replier, retraversant la route nous longeâmes un chemin entre plaine et collines où les ornières recelant quelques flaques d’eau fangeuses attirèrent mon attention. Je me mis à plat ventre, malgré le harcèlement des uhlans, et but avidement cette eau croupie. J’en donnais aux blessés transportables que nous soutenions dans notre retraite incertaine enfin nous arrivâmes à Fillières (Impossible. Il s’agit certainement de Xivry-Circourt) où nous portions les blessés et pouvions enfin étancher notre soif.
 
Je me souviens avoir pénétré dans une maison avec perron où une femme et sa jeune fille me tendaient un seau d’eau que je buvais à même tandis qu’une balle traversait la fenêtre. Ces personnes que nous nous efforcions de rassurer ne doutaient plus alors de l’invasion, un blessé se trainant alors suppliait ces dames de le cacher, sentant le danger imminent, je quittais les lieux pour rejoindre les éléments du 161ème à côté d’autres régiments rassemblés dans une prairie en vue d’un retrait en bon ordre, nous formions les faisceaux et mettions sac à terre, lorsque à l’obscurité – il pouvait être 9h du soir – une fusillade en règle vint nous surprendre, ce fut l’étonnement, la débandade et nombre furent faits prisonniers.
 
Je me souviens avoir repris mon sac et mon fusil et franchit une marre bordant un moulin pour échapper à l’ennemi, j’y parvins et dans ma retraite nocturne, où la vision d’une nuit de feu plusieurs villages brulaient, nous partons mélangés 150 – 154 – 155 – artilleurs et chasseurs à pied en direction d’Etain et de Spincourt où nous arrivions exténués au petit jour du 23 août, non sans peine, puisque des charges de uhlans venaient en tous sens exterminer cette 40ème DI (division d’infanterie) en retraite.
 
Nous devions refaire le chemin jusqu’à Billy les Mangiennes où nous attaquions le 24 août à l’aube ….

Fin de citation

 

 

Commandant Buisson

 

Le commandant Buisson commandait le 1er bataillon du 161ème RI. Il raconte ses souvenirs de la bataille de Mercy-le-Haut dans une lettre adressée à l'abbé Peccavy en 1939.

 

Commandant Buisson 140103 001.gif

Le Commandant Buisson (photo prise en début 1915)

Source: De Saint-Mihiel à l'Argonne, Philippe Lunard, page 141.

 

Extraits de la lettre du commandant Buisson à l'abbé Peccavy (1939)

 

Début citation

 

Le lendemain 22 août, départ au petit jour de Joudreville direction Piennes et Landres, après cette localité, il (le régiment) prend à droite la route de Preutin, où il fait une petite halte, qui nous permet de découvrir dans des granges des cartes allemandes, sur lesquelles certains pays étaient soulignés en rouge.
 
A la sortie de Preutin, l’on commence à entendre le canon – c’était le bombardement de Longwy – l’on nous fait approvisionner les armes et l’on avance alors avec les précautions d’usage, avant-garde et flanc garde, nous traversons Higny, où nous apprenons qu’un combat a eu lieu la veille (le 21 août) aux environs – si mes souvenirs sont exacts – une ambulance fonctionnait à gauche dans la grand rue de Higny, où des chasseurs à pied étaient soignés.
 
A partir de Higny, nous prenons la route de Mercy-le-Haut que nous quittons après le carrefour de la route allant à Boudrezy pour prendre un chemin de terre qui nous conduira à Mercy-le-Haut par l’Ouest du village. Ce chemin qui se prolonge en rue dans le village ne comporte que quelques maisons (Note HL: il s'agit de la rue du Moutiers). Comme j’appartenais à la 1ère compagnie, je suppose que je me trouvais dans les premiers éléments qui passèrent dans cette rue, aussi nous profitâmes de la distribution de quelques litres de vins que des habitants de cette distribuaient.
 
Mercy-le-Haut  rue Moustier vers 1935.jpg
Rue du Moutiers vers 1935. C'est par cette rue que le commandant Buisson et le 161ème RI sont entrés dans Mercy-le-Haut le matin du 22 août 1914.
 
Nous sortons de Mercy par la route de Morfontaine, dès la sortie du village nous nous engageons à gauche de la route (Note HL : c’est une erreur : il faut lire à droite) et nous avançons en lignes de section avec bien entendu des éclaireurs en avant, nous prenons position – tout au moins la 1ère compagnie – légèrement en avant de la crête se trouvant entre Mercy-le-Haut et la vallée de la Crusnes face à Fillières, où le 154ème RI a engagé le combat contre les troupes allemandes qui débouchent de la forêt direction Serrouville, et qui attaquent en rangs serrés.
 
Comme nous sommes soutien d’artillerie, et que nous avons vue sur Fillières, nous voyons le combat de Fillières sans y rien perdre, avec ses alternatives d’avances et de reculs, nous remarquons surtout l’efficacité du tir du 40ème d’artillerie aux abords du cimetière.
 
Pour mieux voir sans être vus, comme nous nous trouvons dans des champs d’avoine, nous en cassons quelques brins pour mettre entre la visière et la jugulaire du képi, afin de ne pas nous faire repérer.
 
Dans la matinée du 22 août, une batterie du 40ème d’artillerie devait être en batterie à la sortie Est de Mercy-le-Haut, légèrement en avant de la route allant à Malavillers.
 
Dans le courant de la journée, à une heure que je ne peux préciser (peut-être 12 ou 13 heures), ma section (la 1ère) va en reconnaissance à droite de la route allant à Morfontaine, nous faisons une ample provision de souvenirs de guerre (sacs allemands, bidons aluminium, casques, épaulettes, etc) qu’il nous faudra bientôt abandonner.
 
Cette reconnaissance rapide ne nous apprenant rien, nous revenons vers Mercy-le-Haut, où à l’entrée du village, nous voyons le cimetière mis en état de défense (créneaux dans les murs), nous poursuivons notre marche pour rejoindre les 3 autres sections de la compagnie, qui ont pris position dans les jardins à l’Est de Mercy-le-Haut le long de la route de Malavillers, chaque section formant une ligne de défense en arrière des murs et haies de clôture, ma section prend position en 1ème ligne derrière un petit mur, derrière elle se trouve une haie.
 
Mais déjà se produisait l’attaque de Mercy-le-Haut par les Allemands.
 
Après combien de temps, je ne puis le dire, arrivera un ordre de se replier, ce repli s’effectua en bon ordre, direction parallèle à la route de Murville, et à l’Ouest de cette route, jusqu’à hauteur approximative du carrefour de la route allant à Boudrezy sur celle de Higny à Mercy, ensuite repli direction petit bois se trouvant entre Boudrezy et Xivry-Circourt où nous nous regroupâmes.
 
Tout à coup la sonnerie du rassemblement et contre-attaque direction Mercy-le-Haut, le tout aux accents du « champ du (illisible) ». Un premier bond amène ma section aux abords immédiats Est de Boudrezy, nous prenons position le long du chemin côté Nord, derrière un petit mur, où les balles allemandes arrivent très nombreuses, peu de temps après c’est la charge qui retentit, nous partons en direction de la route de Mercy-le-Haut à Boudrezy, arrivés en haut du léger vallonnement, nous nous déployons en tirailleurs, et par bonds successifs au milieu des champs de blé fauchés ou non fauchés, nous nous portons en avant jusqu’à la route Mercy-le-Haut à Boudrezy dans le fossé côté Nord, ce fossé fut la limite de l’avance de ma section dans cette contre-attaque, à ce moment nous étions d’ailleurs mélangés à d’autres éléments du régiment qui comme nous s’étaient portés en avant.
 
Puis vint l’ordre de battre en retraite, je crois que c’est à ce moment que les pertes devinrent sérieuses, car nous étions pris sous des feux de mitrailleuses et d’infanterie de flanc qui nous causèrent de fortes pertes, en outre il nous fallut abandonner les blessés qui eux ne pouvaient pas suivre la retraite.
 
C’est ainsi que finit la journée, notre retraite s’effectua en bon ordre jusque Xivry-Circourt où nous essuyâmes, à l’entrée du village et à la sortie dans un chemin creux garni de haies (si je me souviens bien sortie par un chemin de terre, à droite après avoir passé un ruisseau dans le village), des coups de feu de cavaliers allemands, et ensuite jusqu’à Spincourt où nous fîmes le café avec ce qui pouvait rester de ravitaillement et de matériel de cuisine aux uns et aux autres.
 
Pendant toute cette journée l’artillerie allemande ne m’a pas semblé être très efficace, car les obus fusants éclataient trop haut et de ce fait n’étaient pas très dangereux. 

Fin de citation

  

 

Historique du 30ème régiment d'infanterie allemand (IR 30)

 

Cet historique contient des témoignages très précis sur la bataille de Mercy-le-Haut. En particulier, description des combats près de la croix Colas.

 

Voici la traduction des  pages 21 à 24 qui décrivent le combat de Mercy-le-Haut. Cet extrait commence le 22 août en fin de matinée, juste après la prise de Malavillers par les soldats du IR30.

 

Ce récit de la bataille de Mercy-le-Haut est très précis et détaillé. Il n'a qu'un seul défaut: le narrateur sous-estime le rôle des autres régiments allemands dans l'issue de la bataille. En particulier, il ne mentionne pas la manoeuvre d'encerclement effectuée par les IR135, IR144 et KD6, qui contournaient Mercy-le-Haut par Higny, Preutin, et Xivry-Circourt. C'est cette manoeuvre qui a obligé les défenseurs français de Mercy-le-Haut à abandonner le village et se replier vers Spincourt, avant d'être encerclés. Mais peut-être le rédacteur de l'historique n'avait pas cette information ?

 

Les notes en italiques sont écrites par l'auteur du site.

 

Début de citation

 

Cependant, sans faire une halte, les compagnies se portèrent en avant (poursuivirent leur avance).
Les éléments du 1er bataillon qui se trouvaient au Nord de Malavillers prirent la direction de Mercy-le-Haut, le 2ème bataillon traversa avec son aile droite le village de Malavillers et avança le long de la route Malavillers – Mercy-le-Haut, pendant que, au sud du village, le 3ème bataillon atteignit rapidement le creux du vallon orienté nord-sud à l’ouest de Malavillers.
Le capitaine Thoma, chef de la 5ème compagnie, qui, pendant les précédents combats était restée à cheval, entra ici dans les lignes de combat formées par les 2ème et 3ème bataillons pour affronter Mercy-le-Haut.
Sous le feu de l’artillerie ennemie, le régiment subit des pertes sérieuses.
Les batteries françaises qui avaient pris position au Sud et au Sud-Ouest de Mercy-le-Haut semèrent la mort et la destruction sur les compagnies qui avançaient , qui, après la prise de Malavillers maintenant soumises au feu de l’ennemi, furent obligées d’entreprendre un changement de direction qui n’était pas simple, selon lequel l’attaque , jusqu’à présent dans une direction sud-ouest, dut être orientée maintenant vers le nord-ouest en direction de Mercy-le-Haut, la place principale de l’ennemi.
Mais cette manœuvre difficile fut effectuée avec succès, et maintenant l’attaque principale fut menée sur les 2 côtés de la route Malavillers – Mercy-le-Haut.
 
Avec une remarquable énergie, les compagnies en ordre dispersé, en partie mélangées, dépassèrent la zone de feu de l’artillerie ennemie dans une poussée impétueuse vers l’avant.
Le 3ème bataillon s’était en partie inséré dans le 2ème bataillon, en partie le prolongeait sur sa gauche. De leur propre initiative, les compagnies von Rheinbaben et Triebel nettoyèrent de toute présence ennemie le petit bois qui se trouve sur la route de Malavillers à Murville, et qui représentait une forte menace sur notre aile gauche (Note HL : il s’agit du bois de Murville, qui, en fait, n’était pas occupé par les Français à ce moment-là), puis la compagnie Triebel se tourna alors vers une batterie française qui menaçait le flanc de l’attaque et la força à quitter sa position (Note HL : il s’agit du 1er groupe d’artillerie du 40ème RAC, qui avait été détaché auprès du 161ème RI. Ce groupe avait pris position sur la hauteur de la croix Colas).
Le 1er bataillon avait traversé le bois de Malavillers et réalisé la liaison avec l’aile droite du 2ème bataillon qui attaquait Mercy-le-Haut.
 
Sous un feu d’infanterie ennemie toujours plus violent, au début de l’après-midi, les lignes de tirailleurs du régiment atteignirent avec des pertes significatives une position de tir à l’ouest du petit bois de forme carrée sur la route Malavillers – Mercy-le-Haut , afin d’effectuer à partir de cet endroit l’attaque contre les principales positions françaises qui se trouvent sur un sol plat sud-ouest, sud et sud-est de Mercy-le-Haut.
 
Un feu terrible frappa les soldats du IR30 qui, sans attendre l’appui de l’artillerie (Note HL : ce n’est pas exact : les lignes françaises ont été bombardées avant l’attaque de l’infanterie. Voir témoignage sergent Henry) avaient commencé l’attaque. Les tirailleurs progressèrent lentement mais régulièrement sur le terrain sans abris qui entoure le village de Mercy-le-Haut. L’endroit rappelle Saint-Privat.
Avec leur talent habituel pour la fortification en campagne, les Français avaient préparé la défense du village et des abords immédiats.
A partir des tranchées en avant du village et de la lisière du village, des salves à répétition nous frappèrent.
La compagnie de mitrailleuses du régiment s’approche maintenant, met en position ses mitrailleuses en avant des bosquets sur la route Malavillers – Mercy-le-Haut, et soutient très efficacement la progression des compagnies qui sont maintenant engagées en totalité dans le combat.
 
Le combat est très inégal, dans la mesure où les Français sont bien protégés par des créneaux et des sacs de sable, pendant que les soldats du IR30 se couchent sans protection dans les champs d’avoine et doivent se lever pour tirer.
 
Le lieutenant Knauth (Ernst), le courageux chef du train des mitrailleuses, se hissa sur le socle d’une statue de la Vierge qui se trouvait dans notre position de tir (Note HL : Il n’y a pas de statue de la vierge à cet endroit. Il s’agit certainement du socle de la croix Colas. On voit une photo de cette croix dans le chapitre « état des pertes chez les Français et les Allemands »). De là, l’arme posée sur l’épaule de la statue, il envoya des tirs bien ajustés sur les positions ennemies.
 
Vers 6h de l’après-midi (note HL : 5h heure française en 1914), les avant-postes des Français se trouvent entre nos mains. Maintenant, le village lui-même est pris sous notre feu à une distance de 400-500 mètres. A partir des haies, des murs et des clôtures crépitent et résonnent les tirs ennemis. En particulier, tous les soldats du IR30 garderons le souvenir de la maison aux mitrailleuses de mauvaise mémoire, à partir de laquelle une mitrailleuse française, invisible et impossible à localiser, sans interruption mélangeait son fort tak-tak aux feux d’infanterie (Note HL : il s’agit de la maison Rodicq « la tuilerie », dans laquelle le lieutenant du Champ avait installé sa section de mitrailleuses). Nos mitrailleuses arrosèrent la maison de haut en bas et de droite à gauche : en vain !
Des salves déchainées crépitèrent à partir de nos lignes de tirailleurs contre la maison inhospitalière : en pure perte !
Sans détour (tout droit), la terrible mitrailleuse continua à cliqueter et se saisissait dans nos rangs, comme avec une main invisible, bientôt de celui-ci et bientôt de celui-là.
Comme une mer déferlante bouillonna le tumulte du combat d’infanterie déchainé.
Les pertes s’accumulèrent.
Le capitaine Meyer, le chef expérimenté de la 1ère compagnie, tomba en avant au milieu de sa brave compagnie, de même le sous-lieutenant de réserve Pfau de la 6ème compagnie. Le lieutenant Windeck, officier d’ordonnance du 2ème bataillon fut ramené en arrière avec la cuisse droite fracassée, le lieutenant de réserve Enmael est déjà grièvement blessé à la poitrine et à l’épaule, de même le sous-lieutenant Schmidt de la 10ème compagnie par une balle dans le mollet, et le porte-drapeau Nottebohm par une balle dans le pied.
Le sous-lieutenant de réserve Rau peut encore revenir en arrière par ses propres moyens, avec une épaule percée par une balle, le sous-lieutenant Krueger reçoit une balle de mitrailleuse dans le genou gauche, le lieutenant de réserve Hoffmeister et le sous-lieutenant de réserve Gräbner, légèrement blessés, continuèrent le combat.
En grand nombre étaient couchés, morts ou blessés, des sous-officiers et des hommes de troupe.
 
Ici tomba également le jeune sous-lieutenant Fader, frappé par une balle à la tête, debout au milieu de la ligne de tirailleurs ; de même le très jeune porte drapeau, tout juste sorti de l’école des cadets, un frère du sous-lieutenant Windeck. Comme un orage battant violemment, le feu balaya de ci de là.
Dieu merci, les Français tiraient beaucoup trop haut, pendant que nos soldats, comme sur le champ de tir de Elsenborn, tiraient un feu bien ciblé.
La formation au tir allemande, méticuleuse et méthodique, portait ici ses fruits, de même les automatismes enseignés dans l’armée allemande ; dans le violent fracas du combat, on peut à peine penser à une conduite du feu en règle.
« En avant » est le mot d’ordre en ce jour de combat, et avec ce mot d’ordre, la victoire fut remportée.
 
Progressivement, le soleil se couche sur l’horizon, et dans la lumière du soleil couchant, le village, d’où s’échappent des flammes, enveloppé d’une épaisse fumée rouge, offre un spectacle inoubliable.
 
Notre artillerie, qui avait d’abord dirigé ses tirs principalement sur la partie arrière du village (Note HL : la partie basse du village, près de l’église), dirigea maintenant son feu plutôt sur la lisière avant du village.
Les grenades frappèrent en claquant dans les maisons, et maintenant enfin la mitrailleuse infernale devint muette.
Comme cela fut constaté plus tard, elle était installée sur le rebord d’une fenêtre de la maison, protégée par des sacs de sable et des volets, et des indices montrèrent que des habitants, dont des femmes, ont pris part au combat.
(Note HL : l’historique du régiment a été écrit en 1922. 8 ans après les événements, l’auteur cherche à justifier le fait que des civils – dont des femmes - ont été tués au cours de l’assaut. Cette « justification » est maladroite, puisque les civils tués le soir du 22 août se trouvaient en fait dans 2 autres maisons, les maisons L’Huillier et Collignon).
 
Notre artillerie, qui avait pris position pendant le combat d’infanterie dans la région de Malavillers , commença à produire ses effets.
Le 1er bataillon s’était avancé le long de la lisière ouest du bois de Malavillers jusqu’à quelques centaines de mètres à la lisière est de Mercy-le-Haut, avec à sa droite le 173ème régiment d’infanterie (allemand) (Note HL : le IR173 avait traversé le bois de la Grande Rimont en provenance de Serrouville, et avait pris position tout le long du bois de Mercy).
La coordination de l’attaque était ainsi réalisée, le village étant encerclé à l’est et au sud.
Sur la gauche du 3ème bataillon, le bataillon l’Estocq du 145ème régiment d’infanterie allemand (le IR145) prenait part au combat. (Note HL : il s’agissait en fait de 2 bataillons du IR145, qui étaient passés par Audun-le-Roman et Malavillers environ 2 heures après le IR30. A ce moment, les 4.000 défenseurs français de Mercy-le-Haut, privés d’artillerie, étaient attaqués par 8.000 allemands appuyés par un régiment d’artillerie). La récolte du combat sanglant semble murir.
Avec l’obscurité grandissante, le feu d’infanterie ennemi faiblit, et notre artillerie allongea ses tirs au-delà du village.
 
Il semble que l’ennemi se retire. Le colonel Teetzmann estima que le moment était venu de lancer l’assaut final (Note HL : en 1914, le colonel Theodor Teetzmann commandait le régiment IR30).
 
Des patrouilles et des éclaireurs avancèrent jusqu’à la lisière du village : l’ennemi n’a pas attendu l’assaut, il s’est retiré rapidement ! (Note HL : l’auteur ne mentionne pas que les 4.000 Français n’avaient pas le choix : outre les 8.000 Allemands qui les attaquaient frontalement, ils étaient sur le point d’être pris à revers par 12.000 Allemands qui, venant de Sancy et Anderny, avançaient vers Higny, Preutin, et Xivry-Circourt).
 
Maintenant les lignes de fantassin se levèrent dans les champs d’avoine et avancèrent. Pendant ce temps, le soleil avait disparu derrière l’horizon, et l’ombre du soir s’étendait sur le champ de bataille sanglant.
Comme un flot gris, le torrent des vainqueurs allemands se déversa vers et à travers le village, qui est désert.
Dans l’église, ouverte et (faiblement ?) éclairée, se presse la plus grande partie des habitants, mélangée avec des soldats français blessés et dispersés.
 
Il n’y a plus aucune résistance. Le 1er et le 2ème bataillon se rassemblent de l’autre côté du village, à la sortie vers Boudrezy, où les 2 bataillons établissent leur bivouac.
Le 3ème bataillon reste en grande partie dans le village.
Le rassemblement et la mise en ordre des troupes prit presque tout le temps jusqu’à minuit (Note HL : 23h heure française).
Au milieu des Français morts ou blessés et des cadavres de chevaux, le régiment, épuisé, trouva enfin le repos nécessaire.
Des flammes venant de maisons qui brulent éclairent les rues du village, la nuit est très froide.

Fin de citation

 

 

Mercy-le-Haut 3 km 1914-1918 V7.gif

Positions des Français et des Allemands vers 17h

 

 

A titre d'exemple: copie de 2 pages de l'historique du IR30:

 

IR30 historique pages 22 23 003 Horizontal.gif
 

 

 140123

 

 

 

Historique du 70ème régiment d'artillerie de campagne allemand (FAR 70)

 Nom complet : Königlich Preußisches 4. Lothringisches Feldartillerie-Regiment Nr. 70

 

Le premier combat près d’Audun-le-Roman

 

Pour mémoire :

 

Un régiment d’artillerie allemand compte 36 canons. Il se compose de 2 groupes de 18 canons chacun. Chaque groupe est désigné par le chiffre romain I ou II, accolé au numéro du régiment : le I/70 et le II/70. Chaque groupe se compose de 3 batteries de 6 canons, chaque batterie étant désignée par des chiffres arabes 1/70, 2/70, 3/70, 4/70, 5/70, 6/70.

 

Le FAR 70 est équipé de 36 canons de 77.

 

Le 22 août 1914, le régiment est engagé à Audun-le-Roman, Malavillers, Mercy-le-Haut. Il appuie le régiment d’infanterie IR 30.

 

Le IR 30  dispose également de l’appui du II/69 (2ème groupe du FAR 69), qui est équipé de 18 obusiers. Au total, le IR 30 est donc appuyé par 36+18=54 canons, contre 12 canons de 75 pour le 161ème régiment d’infanterie français qui défend Mercy-le-Haut.

 

 

La traduction est de Monsieur Lunard. Les phrases en italique sont des commentaires de H. Lebrun

 

Rappel : ce document utilise l’heure allemande: en 1914, l’heure allemande est en avance d’une heure par rapport à l’heure française (9h à l’heure allemande = 8h à l’heure française)

 

 

Début de citation

 

Le 22 août 1914, le régiment se trouva prêt à partir à 5 heures du matin à OETTINGEN, à la sortie d’AUMETZ. Il était sous les ordres de la 68ème brigade d’infanterie (IR67 et IR145). Le régiment suivit le 4ème escadron du 14ème Uhlan jusqu’à la sortie nord d’AUMETZ.

 

Comme l’adversaire avait été annoncé en marche de MALAVILLERS sur AUDUN-LE-ROMAN, le régiment se porta au sud-est d’AUMETZ en position d’attente. On se mit en liaison avec le 30ème régiment d’infanterie (IR 30), qui se portait vers BEUVILLERS, et on reconnut d’autres positions de tir. Vers 9 heures, nous prîmes d’autres positions d’observation au nord de BEUVILLERS.

 

 

Le combat à la lisière du bois d’AUDUN-LE-ROMAN

 

Sur l’annonce que la lisière nord d’AUDUN-LE-ROMAN était occupée par l’ennemi, le 2ème groupe fut avancé sur la cote 390 au nord-ouest de BEUVILLERS et s’y mit à 9h50 en position dissimulée. A 10h50, la 4ème batterie ouvrit d’abord le feu sur la lisière nord-est d’AUDUN-LE-ROMAN. A la suite de quoi les 5ème et 6ème batteries tirèrent sur la lisière de la forêt occupée par l’ennemi au nord-ouest d’AUDUN-LE-ROMAN (il s’agit du bois d’AUDUN-LE-ROMAN. L’ennemi est la 5ème compagnie du 29ème BCP français. Voir les extraits du livre du Colonel Nicloux et le témoignage du chasseur Jolibois, chapitre Témoignages).

 

 

Le combat de MALAVILLERS

 

A 11 heures, la 1ère batterie prit position au bord sud de BEUVILLERS et tira sur l’artillerie ennemie derrière la cote 349, à 2 kilomètres à l’est de MALAVILLERS (Il s’agit du point haut qui se trouve à droite de la D156 en allant à AUDUN-LE-ROMAN. Une compagnie du 29ème BCP s’y trouvait effectivement) . La 4ème batterie balayait de ses tirs derrière cette hauteur, perce qu’on y avait vu des mouvements (En principe, à ce moment-là, cette colline était déjà occupée par les Allemands ! Y aurait-il eu des tirs « amis » ?).

 

Lorsque le 30ème régiment d’infanterie (IR30) eut pris AUDUN-LE-ROMAN, le 2ème groupe fut avancé sur AUDUN-LE-ROMAN. Comme la lisière est du bois d’AUDUN était encore fortement occupée par l’ennemi, deux sections de la 4ème batterie prirent position près du nord-est d’AUDUN-LE-ROMAN et prirent sous leur feu la lisière de la forêt. A 11h55, les 2ème et 3ème batteries furent avancées à la sortie sud de BEUVILLERS mais ne prirent pas position car il ne se présenta aucune cible intéressante. Pour soutenir l’avancée du 30ème régiment d’infanterie sur MALAVILLERS, le régiment fut positionné tout autour à l’est d’AUDUN-LE-ROMAN. Les 5ème et 6ème batteries prirent position au sud de la voie ferrée dans le fond au sud d’AUDUN-LE-ROMAN pour s’opposer à l’infanterie ennemie se trouvant sur les hauteurs au nord et au sud de MALAVILLERS.

 

 

FAR70 carte 140608  001.jpg

Croquis montrant les positions successives des 2 groupes et/ou des 6 batteries du

FAR 70 au cours des combats du 22 août 1914.

Source : historique du régiment

 

Comme le 30ème régiment d’infanterie n’avançait plus sous le feu ennemi de schrapnells, le 70ème régiment d’artillerie se porta à 13h20 très près derrière la ligne de tirailleurs, avec son front vers MERCY-LE-HAUT. La position fut prise sous un feu de l’infanterie et de l’artillerie ennemies qui venait de la cote 368. Les batteries prirent position au fur et à mesure de leur arrivée et comme elles arrivaient. A partir de l’aile gauche se trouvaient les 2ème, 3ème, 5ème, 4ème, 1ère, 6ème batteries. D’abord leur feu balaya derrière la cote 381 au nord de MALAVILLERS (il s’agit de la hauteur entre Malavillers et le bois, où se trouvent aujourd’hui des antennes), parce que, d’après le rapport de notre infanterie, des lignes de tirailleurs ennemis y faisaient une forte résistance. Et alors fut repris le combat d’artillerie à l’ouest de la route de MERCY-LE-HAUT. Puis le régiment suivit l’avancée du 30ème régiment d’infanterie sur MERCY-LE-HAUT.

 

 

Le combat de MERCY-LE-HAUT

 

Vers 16 heures, la 6ème batterie prit position sur la cote 381 au nord de MALAVILLERS et ouvrit le feu sur une forte troupe d’infanterie ennemie près de la route de MURVILLE. La 1ère batterie vint en soutien à l’aile gauche de la 6ème batterie. La 5ème batterie les y suivit rapidement.

 

A 17h45, les 2ème et 3ème batteries furent avancées dans une position sur la cote 368 à l’est de MERCY-LE-HAUT. Elles ouvrirent le feu sur les tirailleurs ennemis près de la route au nord et au sud de MERCY-LE-HAUT. A 18h30, la 1ère batterie arriva et fut positionnée à l’aile droite. Le 2ème groupe tirait en même temps de sa position en arrière sur le village de MERCY-LE-HAUT, fortement occupé.

 

Comme l’ennemi résistait avec une grande ténacité dans le village, le 2ème groupe prit position à 20h derrière la hauteur au sud-est de MERCY-LE-HAUT près de la route (La hauteur de la croix Colas), mais elle n’eut pas besoin de tirer car le village avait été évacué.

 

A 20h45, on se mit au bivouac à la lisière nord de MERCY-LE-HAUT.

 

Le 23 août, il n’y eut point de combat, parce que l’adversaire s’était replié et ne se rétablit que dans la région de l’Othain. Le régiment suivit la division, se mit au repos l’après-midi et établit son bivouac à Preutin. Les bagages arrivèrent dans la soirée.

 

………………………………..

 

Fin de citation

 

 

 

 

Historique du 69ème régiment d'artillerie de campagne allemand (FAR 69)

Nom complet : 3. Lothringisches Feldartillerie-Regiment Nr. 69 

 

Pour mémoire :

 

Un régiment d’artillerie allemand compte 36 canons. Il se compose de 2 groupes de 18 canons chacun. Chaque groupe est désigné par le chiffre romain I ou II, accolé au numéro du régiment : le I/69 et le II/69. Chaque groupe se compose de 3 batteries de 6 canons, désignées par des chiffres arabes 1/69, 2/69, etc.

 

Le I/69 (le 1er groupe du FAR 69) est engagé à Fillières, Joppécourt. Il appuie le 67ème régiment d’infanterie (le IR 67). Le I/69 est équipé de 18 canons de 77.

 

Le II/69 est engagé à Audun-le-Roman, Malavillers, Mercy-le-Haut. Il appuie le IR30. Le II/69 est équipé de 18 obusiers.

 

 

La traduction est de Monsieur Lunard. Les phrases en italique sont des commentaires de H. Lebrun

 

Rappel : ce document utilise l’heure allemande: en 1914, l’heure allemande est en avance d’une heure par rapport à l’heure française (9h à l’heure allemande = 8h à l’heure française)

 

 

Début de citation

 

Le 22 août, jour historique, se leva comme un jour de fin d’été brillant, lumineux et clair. A 6 heures du matin, le régiment se trouvait prêt sur ses lieux de bivouac, on envoya quelques patrouilles d’officiers dans la direction du sud-ouest. Peu après, la 86ème brigade d’infanterie s’avança d’AUMETZ dans la direction du sud-ouest vers BEUVILLERS, la 86ème brigade suivait à droite en colonne de marche échelonnée vers l’arrière, l’artillerie devait accompagner la progression.
 
Le lieutenant-colonel Isbert (commandant le FAR69) fit avancer le Ier groupe du 69ème d’artillerie par batteries et par bonds successifs, le IIème groupe suivait à gauche en arrière. Trottant à travers les grands champs de blé, utilisant avec soin chaque repli de terrain, les batteries se portèrent d’une position d’attente à une autre, traversant sans le remarquer la frontière franco-allemande. Vers 10h du matin arriva l’ordre décisif de la 34ème division d’infanterie : l’ennemi s’avançait à la rencontre de notre division par JOPPECOURT-FILLIERES et AUDUN-LE-ROMAN. La 86ème brigade (IR30 et IR173) avec le FAR70 et le II/69 devait s’avancer vers AUDUN-LE-ROMAN, la 68ème brigade (IR67 et IR145) et le I/69 devaient attaquer FILLIERES-JOPPECOURT. Avec cet ordre, le régiment était coupé en deux, et nous voulons examiner d’abord les événements survenus au I/69.
 
Le I/69 : FILLIERES-JOPPECOURT
 
Cette partie du récit concerne la bataille de Fillières. Elle sera incluse dans un chapitre consacré à cette bataille, qui sera ouvert prochainement.
 
Le II/69 : AUDUN-LE-ROMAN, MALAVILLERS, MERCY-LE-HAUT
  
L’attaque d’Audun-le-Roman
 
L’état-major du régiment et le II/69 avaient vécu des moments chauds le 22 août. Au moment où le I/69 se rendit vers la 68ème brigade d’infanterie, le reste de la brigade d’artillerie (FAR 70 et II/69, soit un total de 54 canons) demeura dans sa progression par bonds dans la direction BEUVILLERS – AUDUN LE ROMAN. Un violent feu d’infanterie qui provenait du sud-ouest indiqua bientôt que les lignes d’infanterie adverses s’étaient heurtées près de la sortie nord d’AUDUN (Côté Français, il s’agissait de la 2ème compagnie du 29ème BCP). Le général Müller distribua les tâches aux trois groupes, le II/69 reçut la mission de prendre le village d’AUDUN lui-même sous son feu et de le nettoyer de l’infanterie française. Le commandant Bacmeister (commandant le II/69) déploya le groupe derrière les hauteurs à l’ouest près de BEUVILLERS dans une position dissimulée et fit ouvrir le feu sur AUDUN. Du village qui était en contrebas, on ne voyait que les toits des maisons situées plus haut et le clocher de l’église. Le réglage de tir se fit sans difficultés et les effets des obus .05 (sans doute mod. 1905. NDT) furent excellents, le capitaine Schatte régla son tir sur le clocher de l’église avec des schrapnels, car l’infanterie avait rapporté que des tirs de mitrailleuses devaient en provenir. L’infanterie, dans un élan vigoureux, s’empara d’AUDUN-LE-ROMAN, qui, sous le feu du groupe d’obusiers, s’était mis à brûler (AUDUN était défendu par les 250 chasseurs de la 2ème compagnie du 29ème BCP, qui affrontaient les 3.000 hommes du IR30. Ils n’avaient pas d’appui d’artillerie).
 
Les ruines d’AUDUN-LE-ROMAN demeurèrent plus tard pendant quatre ans pour tous ceux qui allaient sur le front de l’ouest en passant par CHARLEVILLE le premier signe du théâtre de la guerre, qu’ils pouvaient voir depuis le train.
 
 
Position de tir à Malavillers
 
La brigade se mit en marche par échelon et traversa la voie ferrée dans et à l’est d’AUDUN. Après le passage de cette voie, les groupes arrivèrent dans une zone de combat qui offrait peu de vues, étant donnée la succession d’ondulations plates l’une derrière l’autre. Le seul point dans le terrain devant nous qui offrait une petite vue d’ensemble, était l’entour de l’église de MALAVILLERS. C’est là-bas que le général von Müller et le lieutenant-colonel Isbert nous expédia, mais de là-bas nous ne pûmes reconnaître ni la masse de l’infanterie ennemie, ni l’artillerie ennemie qui depuis quelques temps tirait activement. (Il s’agit du 1er groupe du 40ème régiment d’artillerie français (12 canons) qui a pris position à côté de la croix Colas, sur une hauteur à 500 m à l’est de MERCY-LE-HAUT).
 
Le II/69 reçut donc provisoirement la mission de prendre position dans les alentours de l’église et de balayer sporadiquement le terrain où l’ennemi se déployait devant notre propre infanterie. On appliqua ici un processus comme celui que le capitaine Gerwien avait appliqué avec la 3/69 (3ème batterie, qui fait partie du Ier groupe) lors du premier déploiement devant FILLIERES, un procédé auquel les Français se livrèrent le premier jour de la bataille et qui n’étaient pas prévus ni par les règlements allemands ni par les règlements français : la dispersion des tirs sur le terrain où l’ennemi se déployait. Qu’un tel procédé puisse avoir souvent un bon effet, nous l’avons ressenti assez souvent nous-mêmes, les artilleurs français ont même acquis par ces tirs une renommée de sorciers auprès de notre infanterie, puisqu’au début personne ne pouvait expliquer comment on pouvait atteindre quelque chose sans aucune observation possible. Les légendes récurrentes de téléphones cachés, d’observateurs secrets dans les clochers ou de champs de manœuvre où l’on était arrivé en furent les conséquences.
 
Le II/69 se mit donc en position à côté de l’église et fit des tirs de dispersion devant notre propre infanterie, malgré le même feu de la part de l’artillerie ennemie et sous le feu de l’infanterie ennemie qui tirait trop haut. Lors du déploiement du groupe, le sergent Westhäuser de l’état-major du II/69 tomba comme premier sous-officier mort du régiment, alors qu’il montrait au capitaine Schatte qui chevauchait à côté de lui la position de la 4/69 (la 4ème batterie du régiment). L’église et ses alentours étaient aussi sous le feu de l’artillerie, l’adjoint de la brigade, le capitaine von Massow, alors qu’il se tenait entre le chef de la brigade et celui du régiment, fut blessé par une balle de schrapnell. Le sous-lieutenant Nülle de la 5/69 prit sa place.
 
Entretemps on réussit à améliorer les possibilités d’observation et à diriger un feu réglé malgré la mauvaise visibilité sur le terrain.
 
La situation à ce moment présentait l’image suivante de manière générale : l’infanterie, en repoussant l’adversaire devant elle, de MALAVILLERS s’avançait en direction de l’ouest, la forêt près de la route de MURVILLE et les hauteurs au nord de celle-ci furent prises d’assaut (cette remarque est fausse : à ce moment-là, il n’y avait pas de troupes françaises dans le bois de Murville) ; les états-majors d’artillerie se trouvaient près derrière l’infanterie qui attaquait, pour pouvoir suivre rapidement avec leurs troupes. C’est avec des impressions inoubliables que l’on décrit comment les braves régiments 30 et 173 prirent les hauteurs à la baïonnette sous les accents bien connus de la sonnerie « en avant rapidement ». (Ce commentaire n’est pas exact. Le IR173 se trouvait bloqué à un autre endroit, entre le village de Mercy-le-Haut et le bois communal. Il est resté sur ses positions pendant l’après-midi. Du côté du IR30, deux sections du 161ème RI français (60 hommes) s’étaient avancés en avant de la croix Colas, ont échangé des tirs avec l’avant-garde du IR30, mais sont revenus sur leurs positions de la croix Colas car ils étaient contournés par plusieurs compagnies).
 
 
L’approche et l’attaque de Mercy-le-Haut
 
A nouveau les groupes de la brigade furent avancés par échelon et le II/69 reçut à nouveau comme but spécial un village, cette fois-ci MERCY-LE-HAUT perché sur une hauteur. Ici aussi, l’effet dans les grosses fermes qui se tenaient les unes aux autres fut excellent, d’autant plus que les batteries tirèrent en partie en tir direct, ce qui provoqua un effet dévastateur à l’intérieur des maisons. D’après les rapports de notre infanterie, qui furent plus tard totalement confirmés par les dires des prisonniers et des habitants, le feu du II/69 a brisé en peu de temps l’épine dorsale de la défense de MERCY, l’infanterie française s’éparpilla en désordre, échappa complètement au contrôle de ses officiers et ne put plus être retenue dans le village. (En fait, l’infanterie française avait reçu l’ordre de se replier vers l’ouest sur SPINCOURT, car des troupes allemandes (12.000 hommes) étaient en train d’encercler MERCY-LE-HAUT par le sud, en passant par PREUTIN et HIGNY, et approchaient de XIVRY-CIRCOURT).
 
Déjà le crépuscule était proche lorsque des parties de la 86ème brigade d’infanterie (l’avant-garde du IR30) pénétrèrent dans le village tout en longueur. Le commandant Bacmeister approcha le II/69 pour rester sur les talons de l’infanterie, la 4/69 s’approcha à 800 m du village, galopant à découvert. Seulement l’infanterie était déjà dans le village à ce moment, et le crépuscule gagnant ne permettait plus de différencier suffisamment dans le combat maison après maison, amis et ennemis. Bien que des observateurs se soient avancés pour certains jusqu-à la lisière du village, il n’était plus possible à cette heure-là de tirer dans le village. Lorsque l’obscurité fut complète, MERCY-LE-HAUT avait été pris d’assaut, l’ennemi se repliait vers l’ouest, les batteries du II/69 bivouaquèrent pour la nuit près de MERCY.
 

Fin de citation

 

Carte etat-major 1930 extrai FAR69 FAR70.jpg

Carte d’état-major de 1908 montrant le parcours Beuvillers / Audun-le-Roman / Malavillers / Mercy-le-Haut du 70ème régiment d’artillerie (FAR70) et du 2ème groupe du FAR 69 (II/69) le 22 août 1914.

(Echelle : les carrés font 1 km x 1 km)

 

 



18/11/2013

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