Le combat du bois de Boudrezy: récits des combattants - Mercy-le-Haut 1914-1918

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Le combat du bois de Boudrezy: récits des combattants

Le combat du bois de Boudrezy, 21 août 1914:

récit des combattants

 

Le combat du bois de Boudrezy a lieu le 21 août 1914 vers 15h00. Le 19ème bataillon de chasseurs à pied (19ème BCP) se dirige vers le Nord, en direction de Joppécourt. Il assure le flanc garde de la 42ème division d'infanterie, qui progresse sur la route de Landres à Xivry-Circourt. A proximité de Higny, il se heurte à un bataillon du 98ème régiment d'infanterie de réserve allemand (le RIR 98) qui est retranché dans le bois de Boudrezy. 

 

Le 19ème BCP attaque les positions allemandes.

 

 

Combat Boudrezy mod 160427E.jpg

 

 

 

Nous avons 3 témoignages de soldats sur ce combat:

 

Le récit du lieutenant Gabriel GROSDENIS, 19ème BCP

Le lieutenant Grosdenis est officier au 19ème bataillon de chasseurs à pied. Il a écrit un carnet de campagne rédigé au jour le jour. Ce carnet, écrit sur le vif, permet de revivre les combats d'août 1914.

Le carnet de campagne de Gabriel Grosdenis est publié sur le site www.chtimiste.com. 

Je recopie ici les lignes qui concernent le combat du bois de Boudrezy:

 

Début de citation

 

..... Nous nous sommes approchés d'un petit bois à environ 300 m en arrière d'une crête. Brusquement les balles sifflent. 
On se couche, j'essaie de me relever, cela siffle de plus belle, mes chasseurs me font coucher. Dix minutes passent, notre mitrailleuse entre en action, je fais un bon, huit chasseurs me suivent.
On reçoit des balles de partout, devant, derrière, en flanc. Des blessés en masse. Le commandant m'expédie sur la droite baïonnette au canon.
Au bruit, alors je me redresse vers le nord. On se fusille à 30 m. Enfin c'est l'assaut, la charge, tout se sauve devant nous.
Des prisonniers, des morts, des blessés. Des Allemands lèvent la crosse, puis tirent, on les fusille impitoyablement.
On prend des trophées.
Quelle hécatombe. 50% de l'effectif hors de combat, 2 capitaines indemnes.
..... Ma compagnie est réduite à 126 hommes (pour mémoire: effectif normal = 250 hommes). Nous restons à deux sous-lieutenants. .....

 

Fin de citation

Source: www.chtimiste.com 

 

 Le sergent GARBE (19ème BCP)

 Dans l'historique du 19ème BCP, le sergent-major Meuret a décrit le combat du sergent Garbe, 4ème compagnie, 19ème BCP

 

Début de citation

Le 21 août 1914, après une poursuite commencée le matin, le bataillon accroche les Boches vers 4 heures du soir.
Après une progression assez rapide, par bonds, nous sommes arrêtés à la lisière d'un bois par des tireurs ennemis que nous soupçonnons très près, mais que nous ne pouvons voir à cause de l'avoine assez haute dans laquelle nous sommes. Nos chefs essaient de nous lancer à la baïonnette: chaque homme qui se lève est touché, les Boches tirent à coup sûr.
C'est alors que le sergent GARBE (Edouard) (4ème compagnie), nommé de la veille, se lève, faisant preuve d'un courage admirable, et s'élance, baïonnette haute, vers l'ennemi en criant: "En avant, les gars !" Il bondit, enlève sa demi-section et entraîne ainsi par son exemple les compagnies de tête à l'attaque. L'ennemi, décontenancé, est délogé, et nous ramenons des prisonniers.
Le sergent GARBE devait être tué trois jours plus tard, en emmenant sa demi-section à l'attaque le 24 août 1914.

Fin de citation

Source:

Le 19ème bataillon de chasseurs à pied pendant la guerre 1914-1918.

par le Commandant Ducornez, www.gallica.bnf.fr

 

 

Le récit du Colonel BOICHUT, Commandant le 61ème RAC

Le Colonel BOICHUT commandait le 61ème Régiment d'Artillerie de Campagne (61ème RAC). Son régiment était l'artillerie divisionnaire de la 42ème Division. Il était à Domprix lorsqu'il apprit que le 19ème BCP attaquait un bataillon allemand retranché dans le bois de Boudrezy.

 

Début de citation 

Tout-à-coup on vînt nous faire connaître que l’avant-garde se heurtait, vers l’Est de XIVRY-CIRCOURT, à des forces d’infanterie. Nous étions d’accord par avance, avec le Général Commandant la Division pour faire, en général, tout d’un coup bloc de toute l’Artillerie Divisionnaire contre une résistance de quelque importance. Mes 36 canons n’étaient en effet pas beaucoup contre les 72 au moins, et le plus souvent davantage de mon « kollègue » de la division d’en face. Le groupe de tête du Régiment était ce jour-là, on le sait, le 3ème (Commandant AUBERTIN). Je partis en avant à bonne allure près de l’endroit où notre avant-garde (Général KLEIN) s’était arrêtée pour faire appuyer son avance par son groupe d’Artillerie. Puis je donnai l’ordre aux 2 autres de rassembler un peu plus à l’arrière, l’un d’eux restant en colonne de route, l’autre en batterie « en surveillance ». Toute l’Artillerie serait ainsi à même d’intervenir, presque immédiatement, si la résistance à vaincre se montrait plus dure que nous supposions. Quant au Général de Division, il s’arrêta de sa personne, à la tête de son gros, établi en halte gardée, à DOMPRIX.
 
Le Général KREIN se tenait pied à terre à la sortie Est de XIVRY-CIRCOURT. On entendait la fusillade dans un bois (sans nom sur la carte au 1/80.000e) [1] situé entre XIVRY-CIRCOURT et MERCY-LE-HAUT. Nous n’avions à peu près pas de renseignements sur la position de l’ennemi. Le 3ème Groupe s’était donc déjà ainsi engagé sur un large front, par batteries isolées, face au Nord-Est et commençait à tirer à assez grande distance à obus fusants … Sur quoi ? … Mais comme il devait être en liaison directe avec les chaînes de son avant-garde, il faisait en somme son métier et je dois l’avouer, aussi son apprentissage.
 
Car quelques minutes après, une estafette vint à franc étrier nous avertir qu’une de nos batteries venait d’encadrer de ses obus les tirailleurs de notre 94ème d’Infanterie se portant à l’attaque. Ceux-ci étaient d’ailleurs très peu visibles dans leur avance à travers des champs de blé non encore moissonnés. J’envoyai immédiatement en avant tout ce que j’avais sous la main comme agents de liaison montés pour prévenir partout, et faire cesser le feu. La batterie d’avant-garde incriminée arrêtait déjà son tir, et il n’y eut chez nous aucune perte. Je n’ai jamais été absolument sûr qu’il y ait eu, d’une façon certaine une erreur de tir, car j’ai vu ailleurs et surtout au début nos fantassins surpris par la rasance au-dessus de leurs têtes de nos projectiles de 75 destinés à éclater en avant d’eux tout près de leur front, se plaindre de la même façon. Et c’est d’ailleurs bien naturel En tout cas il y avait là pour nous une leçon à tirer d’emblée : jamais trop de prudence dans le tir d’appui, jamais trop de liaison avec l’infanterie.
 
Il n’arrivait entre temps au Général KRIEN – si sympathique et si brave [2] - que des renseignements vagues : nos chasseurs auraient enlevé les lisières du Bois d’HIGNY (le bois sans nom), puis en auraient été chassés à coups de fusils et surtout à coups de mitrailleuses. Notre Artillerie prit alors comme objectif l’extrémité Est du bois. L’ennemi ne démasquait pas d’artillerie ; on nous signalera ensuite que les Allemands se retirent vers BOUDREZY, une petite agglomération que l’on apercevait sur la hauteur du côté de MERCY-LE-HAUT. La nuit tombe, le combat s’éteint de lui-même.
 

[1] Il s’agit du bois de Boudrezy, quelque fois appelé bois d’Higny

[2] Blessé à la POMPELLE, tué au feu un peu plus tard

Fin de citation

Source: Document privé, famille Lebrun

 

Le Journal des Marches et Opérations (JMO) du 19ème BCP

Pendant la guerre 1914-1918, chaque unité tenait un "Journal des Marches et Opérations" (JMO), dans lequel un sous-officier notait les événements de la journée. Les JMO se trouvent sur le site du Ministère de la Défense "Mémoire des Hommes".

Le JMO du 19ème BCP est correctement tenu à partir du 1er août 1914 jusqu'au 20 août. Le 21 août, le JMO est interrompu. La page du 21 août n'est remplie qu'en partie, elle est en mauvais état, elle s'arrête à 14h45. Le bataillon ne reprendra la rédaction du JMO qu'en octobre 1914.

On peut supposer que le sous-officier chargé de tenir le JMO a été tué au court du combat du 21 août.   

 

JMO 29è BCP page 21 aout 1914.jpg

Page du JMO du 19ème BCP consacrée à la journée du 21 août 1914

(cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Source: site "Mémoire des Hommes, ministère de la défense.

 



18/11/2013

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