La reconstruction - Mercy-le-Haut 1914-1918

Mercy-le-Haut 1914-1918

Mercy-le-Haut 1914-1918

La reconstruction

  • La reconstruction

 

La population de la commune de Mercy-le-Haut en fin 1918

  

Au sortir de la guerre, la population de la commune de Mercy-le-Haut (y compris Boudrezy) a diminué. Au 5 décembre 1918, on recense 335 habitants : c’est 58 habitants de moins qu’au dernier recensement avant guerre (393 habitants).

 

Cette baisse de population s’explique d’abord par les 17 morts pour la France que compte la commune : 8 soldats et 9 civils.

 

Il y a certainement une forte baisse des naissances, due à la séparation des familles, et une hausse de la mortalité des personnes les plus fragiles provoquée par les restrictions alimentaires et les conditions de vie pendant l’occupation allemande.

 

Enfin, il y a éventuellement des habitants qui ont quitté le village, et ne sont pas encore rentrés. C’est le cas notamment de quelques employés de services communaux, tels que M Dagot, cantonnier, MM Dreguier et Locoust, facteurs. Mais globalement, il semble qu’à Mercy-le-Haut, peu d'habitants ont fuit à l'arrivée des Allemands. Il n’y a pas eu de départ en masse avant ou pendant les combats du 22 août 1914, comme ce fut le cas dans d’autres villages voisins. Certes, quelques jours après la bataille, un groupe d'une vingtaine d’habitants, guidés par l’abbé Alphonse Martin (ne pas confondre avec l’abbé Alfred Martin de Fillières), se sont réfugiés à Homécourt près de Briey. Mais il semble qu’ils soient tous revenus à Mercy-le-Haut après quelques semaines.

 

Plus tard, pendant l’occupation allemande, il y eut quelques départs de personnes « improductives » (personnes âgées notamment) vers la France libre. A partir de début 1915, ces départs vers la France via la Suisse étaient encouragés – ou mêmes décidés arbitrairement – par les autorités allemandes. Des recherches effectuées dans le Bulletin de Meurthe-et-Moselle ont permis de retrouver la trace d’une trentaine d'habitants de Mercy-le-Haut ou Boudrezy évacués ou réfugiés dans ces conditions. Presque tous ces réfugiés sont revenus à la fin de la guerre (date inconnue).

 

Quoiqu’il en soit, la baisse de population à Mercy-le-Haut n’est en rien comparable à celle que connurent les villages voisins qui furent presqu’intégralement ou fortement brulés par les Allemands le 22 août 1914 :

 

  • Audun-le-Roman n’a plus que 12 habitants, contre 928 avant la guerre
  • Malavillers n’a plus que 2 habitants (contre 180 avant guerre)
  • Il reste à Murville 92 habitants sur les 283 habitants d’avant-guerre

 

 

Les habitations détruites

 

Bien que Mercy-le-Haut ait été le centre de la bataille, le nombre de maisons détruites est resté assez limité : selon un inventaire dressé en février 1920, sur un total de 134 maisons avant guerre, on compte 3 maisons complètement détruites et 34 maisons partiellement détruites et nécessitant de grosses réparations.

 

Dans son témoignage sur les événements des 22 et 23 août, la fille de Jean Emile Collignon mentionne 2 maisons complètement brulées : la maison Léonard Pana, et la maison Noirjean près de Mme Laurain ( ?). Elle ajoute que ces deux maisons n’étaient plus habitées.

 

Boudrezy s’est trouvé à l’écart de la bataille du 22 août et a été épargné. Seule, la ferme de Med ( ?) Lebrun a reçu un obus.

 

Le témoignage de Marguerite Lebrun, l’épouse d’Albert Lebrun (à cette époque, député de Meurthe-et-Moselle) est intéressant. En juillet 1919, elle revient à Mercy-le-Haut pour la première fois depuis la fin de la guerre. Elle n’y était pas revenue depuis juillet 1914. Elle note ses impressions dans son journal :

 

Eté 1919 : témoignage de Marguerite Lebrun

Source: les carnets de Marguerite Lebrun, document privé

 

Début de citation

 

Mercy-le-Haut, Vendredi 18 Juillet 1919
 
Nous avons quitté Paris hier soir à 10 heures et, après un voyage assez fatigant et assez long (15 heures) par Verdun d’héroïque mémoire, nous sommes enfin arrivés à Landres où nous attendaient deux attelages de luxe : un char à foin, tiré par 2 mulets et destiné à nos bagages, un char à banc dernier modèle, au cuir arraché, tout le crin sortant, destiné à nos personnes … Enfin, nous sommes arrivés à Mercy. Tante Elise (Note HL : il s’agit de Elisabeth Navel, la tante d’Albert Lebrun, qui était restée dans la maison pendant toute l’occupation), bien vieillie, la figure bien ravagée, nous attendait dans l’antichambre, et elle s’est mise à pleurer, disant qu’elle avait tant attendu ce jour qu’elle croyait ne le voir arriver jamais !
 
La maison est, certes, dans un triste état intérieurement, mais tous nos meubles sont là ……………
 
Quelques pages plus loin
 
…. L’église a passablement souffert ; presque tous les vitraux sont brisés, les cloches volées, le clocher à moitié démoli et le perron défoncé par les cloches lorsque les Boches les ont fait tomber. Quant à M. le curé (Note HL : il remplace l’abbé A Martin, mentionné plus haut, qui est décédé subitement le 10/6/1917 au cours d’un office religieux), il vient de la Meuse d’où les Allemands, après avoir tout brûlé chez lui, l’ont emmené prisonnier pendant 15 mois.
 
Mercy est moins abîmé que Murville, cependant, il y a trente maisons inhabitables, celles de Gabriel (Note HL : Gabriel Lebrun, le frère d'Albert Lebrun), des Dago vis-à-vis, des Lefort, l’ancienne poste, une sur la quertille, une près de Mme Lorrain, celle des Collignon et pas mal d’autres ; mais cela impressionne moins parce qu’elles sont disséminées et que 2 seulement sont brûlées.
 
Au cimetière, on voit la tombe du gendre du Maréchal Foch (Note HL : Le capitaine Paul Bécourt, 26ème BCP, tué le 22 août à Mercy près de la route de Morfontaine), celle des soldats français et allemands tués pendant la bataille du 23 (Note HL : il s’agit évidemment du 22), celle des 10 fusillés (Pana, Guidon, Collignon, 2 Lhuillier, Guerville, Mandy, etc) ; et celles de plusieurs aviateurs allemands enterrés dans notre concession – sur la quertille, il y a aussi une sorte de petit cimetière de chaque côté de la chapelle : les Allemands ont réuni là les ossements des soldats enterrés dans le village au lendemain de la bataille, à droite les leurs, à gauche les nôtres.
 
Tombe soldats 150RI  et civils B.jpgTombes en août 1919
 
Tout sent encore la guerre ici : les maisons démolies, les soldats aidant aux travaux des champs, les prisonniers travaillant dans le village, le camp d’aviation dans la plaine, les obus éclatant dans les champs faisant trembler les vitres …

Quelques pages plus loin

 

Les artilleurs ont fait sauter des obus tout près du village, 10 en moins de 10 minutes. J’étais à l’église, les vitraux, ou plutôt ce qu’il en reste, tremblait si fort que je m’attendais à en recevoir les morceaux sur la tête.

…………………

La vie matérielle n’est pas aussi difficile que je le craignais. Nous sommes inscrits à la Mairie et nous recevons nos portions de ravitaillement comme les autres. Quand le ravitaillement arrive, le tambour parcourt le village et chacun va acheter sa part chez Léon Dehan. Nous n’avons pas encore de boulanger : on reçoit la farine et chacun cuit son pain. Weber s’en charge pour tante Elise, Lydie et nous.

 

Quelques pages plus loin

 

J’ai examiné aujourd’hui les dégâts de notre façade : au cours de la bataille, la maison a été criblée de 60 éclats d’obus, le perron a été disjoint en 2 endroits, les volets de fer de la salle à manger et ceux du salon percés, plusieurs vitres réduites en miettes. Tante Elise (Note HL : Elisabeth Navel, la tante de Marguerite Lebrun qui occupait la maison pendant la guerre) a ramassé des éclats dans la maison et au grenier le culot d’un obus qui est entré par le toit, a défoncé la porte de Suzanne et est venu tomber dans sa cuvette qu’il a brisée. La porte d’entrée a souffert aussi et les fers ont été arrachés : l’imposte n’est pas encore remplacée, c’est une de mes feuille d’étain qui bouche l’ouverture. Pendant tout un hiver, tante Elise a ainsi remplacé les vitres cassées par des morceaux d’étain, jusqu’au moment où les officiers, pour leur commodité, ont fait remettre des verres.

 

Quelques pages plus loin

 

Mercredi 30 juillet 1919

 

Les détonations continuent : ce sont les Boches (Note HL : il s’agit bien entendu de prisonniers de guerre) qui font sauter les obus, il y en a eu 7 la semaine dernière. Il y a un grand dépôt d’obus asphyxiants entre Mont et Landres ; on doit tous les emporter et les jeter à la mer ; mais, en attendant, les gens du pays ne sont qu’à moitié rassurés.

 

Quelques pages plus loin

 

Visité, aujourd’hui, la maison de Gabriel (Note HL : Gabriel Lebrun, le frère d’Albert Lebrun) : quel triste spectacle … Plus de fenêtres, ni de volets, les plafonds déformés, des trous de balles partout. Dans Mercy, sur 87 maisons, il y en a 2 de brûlées, et plus de 30 sont inhabitables, comme celle-là.

Fin de citation

 

Comme le dit Marguerite Lebrun, Mercy-le-Haut a moins souffert que certains villages voisins. Voici un état des destructions dressé après guerre:

 

IMG_0435 liste immeubles detruits 1920.gif

 

 

IMG_0437 liste immeubles detruits p2 1920.gif

Source: archives départementales de Meurthe-et-Moselle

 

Sur ce document, on constate que les destructions sont très importantes dans 3 communes:

 

  • Malavillers a 41 maisons totalement détruites et 8 gravement endommagées sur un total de 53 avant guerre
  • A Murville, on compte 12 maisons complètement détruites et 14 partiellement détruites, sur un total de 58.
  • Audun-le-Roman compte 210 maisons complètement détruites, sur un total de 225 avant la guerre. 15 maisons nécessitent de grosses réparations. C’est le résultat du double incendie allumé par les Allemands le 21 août 1914 au soir, puis le 22 août.

 

Marguerite Lebrun raconte dans son journal ce qu’elle voit le 29 août 1919 en traversant Audun-le-Roman :

 

La traversée d’Audun est lamentable, les cartes postales ne donnent aucune idée de la ruine du pays : il ne reste intact que l’école, la maison Mathieu, celle du Dr Levy (inachevée en 1914), et 2 ou 3 vieilles maisons dans la rue d’Hergott.

 

 Audun 1 140108.jpg

 

 

Audun 2 140108.jpg

 Audun-le-Roman après les incendies des 21 et 22 août 1914

 

 

La célébration du 22 août 1914

Le 22 août 1915, les habitants de Mercy-le-Haut avaient organisé une cérémonie religieuse pour le premier anniversaire de la bataille.

 

Il semble que cette cérémonie ait été organisée sans l’accord des Allemands, qui, ce jour-là, étaient peu nombreux dans le village.

 

Les années suivantes, la cérémonie est interdite.

 

En août 1919, une cérémonie est organisée à l’église. A la sortie de l’église, le cortège s’est rendu sur la tombe de la chapelle, et de là au cimetière, où Albert Lebrun, député, a prononcé un discours.

 

Ceremonie 22 aout 1919 B.jpgGroupe d'habitants revenant de la cérémonie au cimetière le 22 août 1919

La photo a été prise à l'emplacement du monument aux morts, qui, à cette date-là, n'est pas encore construit.

 

 

A l’église, un catafalque a été dressé. Chacun doit apporter des fleurs et des couronnes pour orner le catafalque et pour fleurir les tombes des soldats au cimetière. Sur la catafalque ont été déposés la fourragère de Weber, le casque de L’Huillier, et une petite gerbe nouée par l’écharpe d’Albert Lebrun que les Allemands ont foulée aux pieds lors du pillage du 23 août.

 

M Collignon a invité plusieurs familles de Paris dont les fils sont tombés près de Mercy-le-Haut. Plusieurs familles sont venues.

 

 

La croix de guerre 1914-1918

 

Comme d’autres communes voisines, la commune de Mercy-le-Haut sera décorée de la Croix de Guerre 1914-1918 par décret du 20 septembre 1920.

 

JO 23 sept 1920 ciation MLH.jpg
Extrait du Journal Officiel du 20 septembre 1920

 

 

Le monument aux morts de Mercy-le-Haut

 

On possède quelques informations sur l’érection du monument aux morts grâce à l’étude Monsieur Vautrin, instituteur à Mercy-le-Haut entre 1926 et 1938.

 

A Mercy-le-Haut, le 5 mars 1922, la municipalité décide de faire ériger un monument à la mémoire de ses enfants morts au champ d'honneur et vote pour cela un crédit de 6.000 francs. Au cours de la cession de mai, le Conseil choisit l'emplacement. La statue du "Poilu victorieux", coûtant 5.000 francs, est offerte par Madame Hassu au nom de la Croix rouge américaine; le socle, valant 7.000 francs, sera prélevé sur les fonds communaux.

 

Le monument aux morts a été inauguré le 27 août 1922.

 

On peut y lire les noms de :

  • Les 8 soldats de Mercy tués au champ d’honneur
  • Les 11 victimes civiles de Mercy-le-Haut (incluant les 2 habitantes de Herserange, réfugiées à Mercy et tuées le 22 août dans la maison L’Huillier)
  • Les régiments français qui ont combattus sur le sol de la commune de Mercy-le-Haut.

 

Concernant la liste des régiments, on note un oubli important: il manque le 150ème régiment d'infanterie, dont le 3ème bataillon (1.000 hommes) a combattu à Mercy-le-Haut et sur la route de Mercy à Higny. C’est, après le 161ème RI, le régiment qui a le plus combattu sur le territoire de la commune.

 

Suggestion: réparer cet oubli pour la commémoration du 100ème anniversaire de la bataille de Mercy-le-Haut en août 1914.

 

 Monument aux morts format réduit 140108.jpg

Le monument aux morts de Mercy-le-Haut, inauguré le 27 août 1922

 

Inauguration monument aux morts B5.jpgInauguration du monument aux morts le 27 août 1922

 

Au cours des années 1920-1924, les corps des soldats tués au cours des combats à Mercy-le-Haut ont été transportés dans le cimetière militaire de Fillières. Quelques uns se trouvent également dans le cimetière militaire de Pierrepont.

 

Enfin, des familles ont décidé de rapatrier les corps de leurs proches dans les cimetières de leur commune. (Le nombre de ces rapatriements n’est pas connu).

 

 

Le monument du bois de Boudrezy

 

Un monument a été érigé à la lisière du bois de Boudrezy, à l’endroit où se déroula le combat du 21 août 1914 entre le 19ème BCP et le IR 98 allemand. La date de construction n'est pas connue, mais ce monument figure sur des cartes de 1930.

 

On peut lire sur ce monument:

 

A la mémoire du capitaine Maurice BOURLON, du lieutenant Paul Raymond MASSON, décoré de la Légion d'Honneur, du sergent Maurice LALLEMAND, Pierre GAUCHON, Victor ROCH, André DESMOULINS, Edmond COOS, et des 150 chasseurs du 19ème Bataillon tombés ici le 21 août 1914.

 

Sur le côté du monument figure l'inscription suivante:

 

Charles URAUT
Paul BACHELIER
Clotaire POULOT
19ème Bataillon

 

Monument bataille 1914 Boudrezy 2 b.jpg

Le monument du bois de Boudrezy à la mémoire des 134 officiers et soldats du 19ème BCP tombés à cet endroit

 

 Les soldats tués au cours du combat du bois de Boudrezy sont inhumés dans le cimetière militaire de Pierrepont. En particulier, on y trouve les tombes du capitaine Bourlon et de Louis Clotaire Poulot. Le nombre exact des officiers et soldats tués est de 134. 

Pour une raison inconnue, le capitaine PIOT, du 19ème BCP, tué au cours de ce combat, repose dans une tombe qui se trouve dans le cimetière civil d'Higny. L'hypothèse la plus probable est que la famille a demandé qu'il repose à l'endroit où il a été tué, et a érigé une tombe dans le cimetière.

 

 

Le cimetière militaire de Fillières

 

Comme indiqué plus haut, de nombreux soldats tués à Mercy-le-Haut reposent à Fillières.

 

A ce titre, le cimetière militaire de Fillières fait partie de l’histoire de Mercy-le-Haut.

 

La nécropole de Fillières a été aménagée en 1924. Les corps de 689 soldats français y ont été rassemblés. Ces corps proviennent de cimetières militaires provisoires des communes environnantes, dont Ville-au-Montois et Mercy-le-Haut.

  

 

Le cimetière militaire de Pierrepont

 

On trouve dans ce cimetière une partie des soldats du 19ème BCP tombés le 21 août 1914 dans le bois de Boudrezy, donc sur le territoire de la commune de Mercy-le-Haut.

 

  

Les nouvelles cloches

Les cloches de Mercy-le-Haut et Boudrezy ont été enlevées par les Allemands en janvier 1917.

 

Lorsque les Allemands ont évacué la région en novembre 1918, ils ont laissé une petite cloche qui servait au camp d’aviation installé dans les champs à proximité du village. Après leur départ en novembre 1918, et jusqu’à l’installation de nouvelles cloches, le curé a fait sonner cette cloche pour annoncer les offices.

 

En 1924, des nouvelles cloches sont installées dans le clocher de l’église. Elles sont baptisées le 9 mars 1924.

 

 

Cloches bapteme 140108.jpg

 Baptême des cloches le 9 mars 1922

 

 

Les dommages de guerre

 

Au cours des années 1919-1925, la commune et les habitants engagent de nombreuses procédures pour obtenir des dommages de guerre, pour réparer les bâtiments publics et les immeubles privés.

 

Rédaction en cours à partir des documents consultés aux archives de Meurthe et Moselle à Nancy.

 

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18/11/2013

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